Samedi 12 mai 2007 à 0500
Levée à 0500, bien avant le soleil, qu’elle idée saugrenue, je suis en vacances ! Je ne me suis pas ouverte comme la fleur du lotus, aux premiers rayons du soleil, j’ai dû mettre mon réveil.
J’ai décidé de me lever aussi tôt car pédaler sous des grosses chaleurs et environ 86% d’humidité ça ne me tentait guère. Après un petit café et un « Nonpao », gâteau chinois, le soleil commençait à pointer l’extrémité de ses tentacules, il était temps pour moi d’enfourcher ma bicyclette cambodgienne.
J’ai vite rejoins le vieux marché afin de longer la « Stung Siem Reap », la rivière de Siem Reap en direction de Sisophon. Rassurez-vous je ne suis pas allée si loin. La trouille de crever et de devoir rentrer à pied, ont un peu freiné mon enthousiasme. Je suis donc allée à Phnom Krom à environ 15km de Siem Reap. Pas mal, 30km avec un vélo sans vitesse, une selle vétuste, une chaîne, pas en or du tout, sur une route inconnue, car j’avais décidé d’aller « là où le vent me mène » (va où le vent te mène, disait Angelo Branduardi dans sa chanson) !
Comme j’avais un petit panier à l’avant de mon vélo, j’ai pu y déposer mon sac à dos, qui soit dit en passant, ne me lâche pas !
Il est toujours collé à moi et en règle générale, il marche toujours derrière moi ! Parfois je lui explique que je vais sortir sans lui et il prend à parti son pot Nikon, qui lui skate en permanence le sac. Je le surnomme le cyclope, car il n’a qu’un œil mais il a une particularité, il photographie tout ce qui me touche et à une qualité de 6 millions de pixels. Il me la joue flatteur en me faisant comprendre qu’il gravera toutes nos aventures dans sa mémoire de 2Gb. Bien évidemment je cède à leurs caprices et je me les trimbale tous les deux, tous les jours, sauf la nuit dieu merci !
Nous avons trouvé un compromis, pour eux, la balade à vélo, se fera dans le panier afin que mon dos respire un peu. Depuis plusieurs jours il est en apnée et tout mon corps s’en plaint.
Aujourd’hui c’est donc mes cuisses qui seront mises à contribution.
Alors que je longeais la rivière et que gentiment je m’éloignais de Siem Reap, je traversais des petits villages khmers. La vie battait déjà son plein. Les enfants longeaient la route dans leur petit uniforme bleu et blanc en direction de l’école. Les adultes partaient travailler où préparaient de la nourriture à vendre sur le bord de la route, pour les gens qui ne peuvent rentrer chez eux, comme les motodups où pour les gens de passage. Certains installaient des présentoirs, fabriqués avec du bois et des feuilles de palmier où ils y exposaient des morceaux de poissons afin de les faire sécher au soleil.
Les cambodgiens me regardaient avec étonnement mais c’était à peine perceptible derrière leur éternel sourire.
Le sourire cambodgien. Il ressemble tant aux 216 visages du Bayon, celui de Lokesvara. Un sourire qui dégage une certaine paix intérieur, de la sincérité, une extrême douceur. Parfois je m’arrête et les observe. C’est très difficile de desceller, de la colère, tristesse, joie, ils sont si introvertis. Leur carte de visite est leur sourire. Si on a la possibilité de plonger son regard dans le leur, on y décèle, une certaine tristesse, fatalité !
Certains vendaient le « Durian », un fruit à l’écorce verte, dure, avec des épines et à l’intérieure vous y trouverez un succulent fruit (En vrac). Plus loin, une vielle femme enturbannée d’un krama, le foulard traditionnel khmer à petits carreaux souvent rouge et blanc ou bleu et blanc, portant sur la tête un grand panier rond et plat garni d’un mont de longanes. C’est un fruit exotique dont la chair ressemble à celle du litchi mais sa peau est lisse et marron. Je me souviens d’en avoir mangé, chez cette grand-mère, à Siem Reap, qui m’avait hélé depuis sa maison, avec ses petits enfants.
Cette femme va certaine rejoindre Siem Reap, là où elle pourra vendre ses fruits. Un peu plus loin, toujours le long de la rivière, un petit pont, en bambou, couvert, permet l’accès de l’autre côté. Je tente un passage et c’es l’un derrière l’autre que l’on peut passer, car il est très étroit. Des enfants se rendent à l’école, mais pour un instant, je suis un peu leur attraction du coin. Ils me regardent, rigolent et font mines de prendre la pause, car ils ont aperçu mon appareil photo.
Une femme passent et sourit en regardant les enfants, dans sa bouche, un gros truc noir, du tabac, elle chique !
En campagne les vieux chiquent et en ville les jeunes boivent beaucoup de bière, les enfants snifent de la colle et les jeunes, comme dans le milieu de la prostitution, fume du mâ « riz rouge ». C’est le raccourci du mot yama, qui est un dérivé de l’amphétamine, 6000 riels le gramme (4000 riels équivalent à 1 dollar).
Elle me regarde en me faisant un sourire tout noir et me montre son panier sur la tête, elle vend des ramboutans, des fruits ronds, à l’écorce rougeâtre et aux épines ressemblant à d’épais cheveux.
Des bonzes passent, il est l’heure pour eux de faire la tournée des habitations, ils doivent avoir mangé avant midi, puis plus rien jusqu’au soir où ils retourneront auprès des habitants afin de recevoir un peu de riz, en échange d’une prière.
Après cette sympathique sortie à vélo, je m’en suis retournée à Siem Reap et j’y ai retrouvé le stresse des villes cambodgiennes. Poussière, brouhaha, circulation en tous sens, klaxons…
Avant d’aller à l’Internet Café, je suis allée changer quelques traveler’s chèques à la Banque, car demain je pars pour Battambang et ce soir je vais devoir régler mes nuits, la location du vélo, à la guesthouse et acheter, avant de souper, au Center Market, quelques souvenirs à ramener avec moi en Suisse.
Dimanche 13 mai 2007 0615
Un motodup de la guesthouse m’amène à la station des bus pour que je prenne celui de 0700, pour Battambang. La station est déjà envahie de voyageurs de toutes sortes.
En parlant de station, il ne faut pas vous attendre à un endroit goudronné, avec salles d’attentes climatisées ! Ici, la station, se trouve sur un grand terrain poussiéreux, dont la terre est rouge-brune, les bus sont alignés côte à côte, certains cambodgiens ont installés leurs petits étalages où vous trouverez des produits made in Thaïlande (boissons-biscuits..) et d’autres passent d’un bus à l’autre avec des plats sur la tête allant de la vente de, crickets, cafards, longanes, durian, ananas, bananes grillées, « patatos » à la banane séchée, mangue, jus de canne à sucre et j’en passe.
Les motodups sont là, eux aussi et vous hèlent en espérant vous transporter et vous amenez à la guesthouse pour qui ils travaillent… Rien ne vous indique le départ de tel bus ou de telle compagnie. A vous d’observer et de demander, car parfois ce qui est affiché en haut du bus n’est pas forcément la bonne destination.
0815 et nous ne sommes toujours pas partis, l’heure initiale était 0700. En règle générale c’est normal ! Quand vous voyagez au Cambodge, respirez par le ventre, apprenez la patience et oubliez le time mine occidentale ! De toute manière vous êtes en vacances. Je crois en avoir déjà parlé, si tel est le cas, veuillez m’en excuser, c’est l’âge…
Je trouve quand même étonnant, du reste tous les visages des cambodgiens regardent à l’arrière du bus en rigolant, d’autres en faisant mine de sourire mais on sent comme une gêne. Je décide d’enlever mes écouteurs, car pour une fois, j’ai voulu me réfugier auprès d’Enya, pour me réveiller en douceur mais j’ai l’impression qu’il se passe quelque chose. Etant donné que je voyage seule, je suis pratiquement à chaque fois assise avec et au milieu des cambodgiens, ce qui me va très bien, on y fait de belles rencontres.
Au fond du bus, un groupe de 4 filles, visiblement anglaises. Excusez-moi, je n’aime pas généraliser, ni critiquer mais force de constater, que se sont, avec les américains des tempéraments suffisants, hautains comme si tout leur était dû. J’ai alors tendu l’oreille afin de savoir ce qu’il se tramait, de plus les cambodgiens où j’étais assise, me regardaient d’une manière : « Tu ne voudrais pas intervenir, faire quelque chose ! »
Avant de vous expliquer il est nécessaire de vous expliquer les voyages en bus. Le tarif du voyage, malgré de longs kilomètres n’est pas cher pour nous occidentaux (Siem Reap-Phnom Penh 317km 4-6 dollars avec Capitol Tour). Certes Capitol Tour est la moins cher, vous n’avez pas le confort que peuvent avoir d’autres compagnies, donc si vous prenez cette compagnie c’est que vous acceptez de voyagez avec le peuple khmer et ses nombreux bagages, parfois sans climatisation et avec un confort modeste. Dans les couloirs, à même le sol certains d’entres eux installent un petit tabouret en plastique et feront tout le voyage ainsi, par manque de place. Un cambodgien ne paie pas les mêmes tarifs qu’un occidental, dans le bus, pour manger mais ça reste toujours cher pour un cambodgien. Un salaire moyen, pour un cambodgien, mensuel s’élève à peine à 20 dollars et plus de 50% de la population n’a pas un salaire moyen. Le Cambodge et le troisième pays le plus pauvre au monde. Alors ne l’oubliez pas quand vous y voyagez, mais ne donnez pas pour autant de gros pourboires, ne comparez pas à chez nous, mais donnez en fonction du pays, de son coût de la vie. Faites en sorte que tout le monde soit content !
C’est pourquoi, j’ai eu honte quand j’ai compris ce qu’il se passait au fond du bus. Croyez-moi, vous ne verrez que très rarement, voire jamais, un cambodgien élever la voix à votre encontre. Pour eux c’est indigne et ne donnent généralement, aucun résultat. S’emporter signifie perdre la face et embarrasse fortement un asiatique. Et pourtant, le chauffeur du bus, visiblement commençait sérieusement à perdre patience avec ces 4 jeunes filles. Pourquoi ? Ces chères demoiselles se sont installées au fond du bus, à leur place, jusque là aucun problème, mais elles ont décidés que leur gros sac à dos de voyage, prendraient place à côté d’elles, sur un autre siège au lieu de la soute à bagages. Je rappelle que les places sont limitées et parfois les gens voyagent dans le couloir…
Caprice d’occidentale, qui veut son sac près d’elles, même si pour cela, elles prennent la place d’un passager cambodgien. Le chauffeur est désespéré il essaie de prendre les sacs pour les jeter dehors du bus mais tout le monde le regarde et les cambodgiens qui doivent prendre place sur les sièges des sacs, attendent. Plusieurs fois il appelle je ne sais qui avec son natel, sans doute qu’il explique que l’on aura beaucoup de retard, 1h30 déjà. Plusieurs cambodgiens s’en mêlent avec diplomatie et beaucoup de sourire mais rien n’y fait. Elles ont payés, donc elles ne peuvent pas être virées du bus et il est exclu qu’elles mettent leur sac en soute. Avec un sourire ironique l’une d’elle sous entend qu’il faudra bien démarrer le bus et elle crie sur le chauffeur, en anglais : « What’s a problem ? »
J’ai secoué la tête n’en croyant pas mes oreilles et mon regard fuyait celui des cambodgiens qui m’entouraient. Finalement, je me suis levée de mon siège et j’ai lancé à celle qui venait de parler, dans un anglais plus que moyen, car j’étais stressée et je débute dans cette langue. – Quel est le problème ? Le problème c’est vous ! Mettez vos sacs en soute comme tout le monde, le mien y est ! Ce bus est un bus cambodgien et vous prenez des places de cambodgiens, payées, avec vos sacs ! Vous avez payé une place assise avec votre ticket, pas tout le bus ! Une cambodgienne parlant anglais, traduisait en khmer à tous les autres passagers ! Mon cœur battait la chamade, j’ai horreur de se genre de situation. Quand je me suis retournée, j’ai croisé les regards des cambodgiens, ils me remerciaient et moi je faisais la moue pour dire, j’ai fait ce que j’ai pu.
A 0845, le bus démarrait, mais elles avaient gagnés, leurs sacs étaient restés sur les sièges et les quatre cambodgiens à qui appartenaient ses places ont voyagés, pendant 4 heures, sur un tabouret en plastique, au milieu du couloir. Quelle honte !
Mes voisins de sièges ou de couloir me proposaient à mangé avec de grands sourires. Le bus a fait une alt sur le trajet. Certains en profitent pour soulager leur vessie, d’autres en profitent pour manger un petit plat chaud. Les cambodgiens ne remontent pas dans le bus sans emporter un petit en-cas, allant du petit sachet en plastique rempli de crickets grillés, de cafards, de fruits ou de patatos.
Mon voisin de siège avait opté pour une petite friandise, un sachet rempli de crickets grillés, saupoudrés de sel et piment concassés. Il s’est tourné vers moi et m’a avec grande générosité proposé un cricket. Voilà, ils se sont passé le mot dans le bus, leurs yeux sont rivés sur moi et ils attendent. Je plonge ma main dans le sac plastique et en extrait un cricket mignon tout plein. Je l’observe, il n’est pas tant grillé que ça et il est intact, il me fixe du coin de l’œil, il fait le mort, on dirait presque qu’il va s’envoler d’un moment à l’autre ou me jouer un petit morceau…. Les cambodgiens rigolent autour de moi et lancent des paris, va-t-elle le manger ou pas ? J’ai ma fierté moi aussi, je ne veux pas perdre la face, d’autant plus que c’est un cadeau de mon voisin. Et hop, ça croustille sous les dents et les antennes restent un peu crochées entre les dents mais c’est super bon ! Après en avoir mangé 4-5 je décline l’offre de mon voisin, faut pas abuser des bonnes choses quand même ! En quelques minutes il fini son sachet de crickets, environ l’équivalent d’une boîte de conserve, de taille moyenne. C’est avec une boîte de conserve qu’on lui a rempli son sachet. Il a les doigts graisseux, car il y avait un peu d’huile, pas de serviette mais les rideaux du bus feront l’affaire !
Pendant le trajet, lors d’une pause pipi, j’ai appelé l’hôtel Royal pour leur annoncer mon arrivée et pour réserver une chambre sans climatisation. C’est donc naturellement qu’à mon arrivée à Battambang, un motodup est venu à ma rencontre en m’annonçant « Hôtel Royal ».
Assise à l’arrière de sa moto, je découvre les rues de Battambang, en regardant les bâtiments blancs, on y découvre l’héritage de la présence française. Le psar Nat (marché de rencontre) se trouve au centre de la ville. Les commerces et la plupart des hôtels se concentrent dans ce quartier. C’est là que se trouve l’hôtel Royal.
Le temps de m’enregistrer à la réception et de déposer mon sac dans ma chambre, me voilà de retour sur la grande selle de la moto de mon motodup. Je n’ai pas franchement inspecté la chambre, elle me revient à 7dollars la nuit avec, ventilo, WC et douche, j’en demande pas plus.
La province de Battambang appartint, tour à tour, aux fils des siècles, à la Thaïlande et au Cambodge, avant d’être restituée au royaume Khmer en 1907. Cette province, avant la guerre civile, était la plus grande et la plus riche du Cambodge. Aujourd’hui elle est la cinquième province du pays par la taille. Il eut dans les années 70 de nombreuses purges successives. Des milliers de mines ruinèrent l’agriculture, principale ressource de la province.
Mon chauffeur m’emmène visiter, à ma demande le train en bambou, appelé le « Norry », il fonctionne à l’aide d’un moteur électrique. C’est une sorte de train local, il est utilisé pour de courts trajets entre Battambang et Pursat ou Sisophon. Nous avons traversé la campagne de Battambang. Quel spectacle magnifique ! Sur notre droite, se trouve une rivière, plus loin un pont suspendu. Je me suis rendue au milieu de ce dernier pour y faire quelques clichés. Des hommes sur des barques remontent des filets. Des enfants traversent le pont en courant pour rejoindre leurs amis qui se baignent en contrebas. A l’autre bout du pont, un somptueux temple avec de belles couleurs vives. Je retrouve mon chauffeur allongé dans un hamac qui sirote du jus de sucre de canne.
Aux alentours de 1600, Ob Phi-Lay, mon chauffeur m’emmène rendre visite à Patrik et Theavy de l’association AVEC. J’angoisse un peu et m’efforce de ne pas le montrer. Nous nous arrêtons devant le portail d’une petite maison, d’où trois chiens nous accueillent par leurs aboiements. Un petit bout de femme se présente au portail. Elle est en sarong, de magnifiques cheveux noirs tombent sur sa taille, de grandes dents blanches, bien alignées, à faire pâlir d’envie plus d’une star, illumine son ravissant visage. Elle échange quelques mots en khmer avec mon motodup tout en m’ouvrant le portail. A cet instant, un grand homme blanc, au regard interrogateur nous rejoint. Tout intimidée je me présente à ce dernier, qui n’est autre que Patrik et le petit bout de femme, Theavy, sa femme, sa perle, comme il aime à dire.
Ils m’invitent au bout du jardin où se trouve une table, couverte d’un parasol fait de feuilles de palmier. Nous allons restés ainsi à discuter, se présenter, à exposer mon projet, pendant deux bonnes heures, pour finir par se fixer rendez-vous le jeudi 17 mai à 0800. Patrik tient à me montrer les écoles et les villages pour qui ils se battent quotidiennement.
Sur la route, assise derrière mon chauffeur, mon cœur bat la chamade en pensant le moment que je viens de passer à l’association AVEC. Ce couple m’a touchée par sa gentillesse et son « intelligence du cœur ! ».
A l’hôtel Royal, le restaurant se trouve sur les toits, avec une vue imprenable sur Battambang et une petite brise forte agréable. Les repas ne sont pas bien chers. Tout en mangeant l’Amok, curry noix de coco, j’ai pu admirer le couché du soleil sur la verdure de Battambang.
Avant de rejoindre ma chambre j’ai essayé de joindre le vice gouverneur de Battambang, monsieur Khim Chun sur son natel. Nous avons conclu de nous rencontrer lundi à 0700 en bas de mon hôtel.
Un ami, cambodgien, de Paris, a eu la gentillesse de me transmettre les coordonnées de son meilleur ami, le vice gouverneur de Battambang afin que celui-ci me fasse visiter la province de Battambang.
Lundi 14 mai 2007, anniversaire du roi Norodom Sihamoni !
Etant toute impatiente et stressée de rencontrer le vice gouverneur de Battambang, je suis tombée du lit avant que le réveil ne retentisse. Je suis vite montée au restaurant, histoire d’avaler vite fait bien fait un thé ! Quelle idée, avaler un thé chaud vite fait bien fait ! Je m’étais installée à l’extrémité de la terrasse de manière à surveiller les allers et venus de la rue qui menait à mon hôtel.
A 0650, j’étais sagement installée sur une chaise, à la réception, d’où je pouvais scruter tous les mouvements qui s’opéraient devant l’entrée. Le patron de l’hôtel est venu me demander si je désirais un motodup et je lui ai répondu que j’attendais quelqu’un. Il semblait étonné, à peine arrivée et elle attend déjà quelqu’un…
0730, un 4x4 s’arrête devant l’hôtel, en sort, un immense monsieur, portant un ensemble beige, des sandales noires et de petites lunettes, rondes et noir. Il se dirige vers la réception. J’hésite, je vais à sa rencontre, il se présente, c’est bien lui. Il me présente l’homme qui l’accompagne, son meilleur ami, Samreth. Il est beaucoup plus petit et plus maigre, il a dans le regard un je ne sais quoi de triste, une certaine souffrance intérieure. Nhek Khim Chun me fait signe de m’asseoir et s’installe à mes côtés. Ouf, il parle le français ! Il me demande ce que j’aimerais visiter, me dit qu’il a juste une petite chose à régler chez lui et qu’après on ira où je voudrais. On sent que c’est un homme qui a l’habitude de prendre des décisions.
Sa maison se situe juste en face de la maison des employés de Handicap International. Sachant que je voulais leur rendre visite, il s’est arrêté devant la maison et a parlé au garde se trouvant devant la porte. Le garde lui a répondu de revenir le lendemain, car aujourd’hui, il n’y avait pas âmes qui vivent ! Nous nous sommes dirigés vers sa maison, qui est en vente, car il va devoir, désormais vivre à Phnom Penh, car mardi passé, il a été nommé Secrétaire d’Etat du Tourisme. Il donne des instructions à Samreth, rentre dans sa maison, tout en me la faisant visiter, elle est magnifique et il y a encore beaucoup de travaux à l’intérieur. Khim vit depuis plusieurs mois dans une seule pièce, sa chambre, car les autres pièces ne sont pas disponibles. J’apprends que sa famille vit à Sisophon et que quand il est absent, Samreth s’occupe de la maison et du jardin. Avant de partir, les deux amis, chargent une grosse télé et d’autres petites choses dans le coffre de la voiture. Je vous rassure la télé est grosse mais très vétuste.
Le 4x4 s’arrête en bordure de la rivière, Stung Sangker, devant une jolie petite maison en ciment. Un homme nous rejoint et salue respectueusement Khim, comme on salue un chef. Samreth et lui se salue à la cambodgienne, les mains jointes tout en inclinant les épaules et la tête. Les trois hommes ont déchargés la télé et les quelques petites affaires, puis nous sommes partis avec un homme de plus, Samat, le bras droit de Khim.
Tout en roulant, on me demande si j’ai faim et je réponds par la négative, mais j’explique que je ne suis pas vraiment un exemple car je ne déjeune pas, en principe. A 0830, nous étions tous les trois dans un petit restaurant cambodgien, attablé avec d’autres convives, visiblement des collègues de travail et surtout Monsieur le gouverneur. En voyant Khim ils se sont tous levés et salués les mains jointes. Nous avons déjeuné un bœuf grillé, du riz et pour terminé un café. Alors que notre grand homme expliquait à notre tablée qui j’étais et ce qu’il allait me faire visiter, je regardais discrètement autour de moi et constatais qu’il n’y avait pas de femmes… Où étais-je ? Un de ses salons de l’époque, où les hommes se retrouvaient, fumaient le cigare, parlaient politique, lisaient. Un endroit où les femmes étaient interdites !
Nous sommes allés visiter le Psar Nat, qui se trouve juste à côté de mon hôtel. Pratiquement tous les commerçants connaissaient Khim. Il m’a montré plusieurs sortes de fruits et j’ai même pu y goûter. Il a toujours tout payé. Il m’a fait déguster de belles oranges vertes. Elles ont vraiment un très bon goût. Jaque - Durian - Ranboutans - Longanes - Pring - Goyave - Mangue sont les fruits que j’ai découverts sur les étalages des marchands. Khim m’a demandé si j’avais déjà mangé du Jaque et m’a expliqué qu’il avait des terres à Sisophon où il y faisait pousser différents fruits dont le Jaque.
Plus loin, dans le marché il me montre le riz. Il m’explique que la province de Battambang est le principal producteur de riz au Cambodge et pourrait nourrir tout le Cambodge. Il est également le principal producteur d’oranges vertes. Que pour 50kg de riz, de première qualité, il faut compter 25 US dollars. Pour une famille de 5 personnes, cette quantité durera 1 mois.
Le 4x4 pénètre dans la forêt avoisinante, nous roulons depuis 10mn sur des petits chemins terreux. Le paysage de Battambang est vraiment unique. En chemin khim m’annonce que nous allons chez un ami à lui, qui est éleveur de crocodile, dans une autre vie, il était professeur. Impressionnant, je ne voudrais pas en retrouver un dans la rivière ! Même si je ne m’y baigne pas !
La maison du gouverneur ne se visite plus, par mesures de sécurité car l’intérieur est tellement vétuste, qu’il y a des risques d’accidents. Pourtant 10mn plus tard, je me trouvais devant ladite maison et un homme est arrivé avec un trousseau de clés pour nous ouvrir les portes…. Une visite privée et guidée, j’ai beaucoup apprécié, mais je vous rassure, pas de quoi jalouser, il n’y a rien de bien excitant ! C’est ancien, abandonné et effectivement les escaliers menacent de s’effondrer. Nous sommes repartis par la porte principale, celle où se trouvent deux gros canons, pour nous rendre chez Samat. Nous nous sommes installés dans la pièce principale de la maison, qui était complètement faite de catelles blanches. L’épouse à posé sur la table un immense fruit, éventré, le Jaque. Impatients que je découvre ce fruit dont ils m’ont vantés le goût, ils m’invitent à me servir. Fameux, vraiment très bon et ce parfum ! Le frère de l’épouse s’occupe du nouveau-né de la maisonnée. Il l’a délicatement enveloppé d’un Krama et couché dans un hamac. Assit sur les catelles, dans un coin de la pièce, comme pour ne pas nous déranger, de sa main gauche, il bougeait, avec une extrême délicatesse, d’avant en arrière ce qui fait office de berceau. Son regard était perdu, j’avais l’impression que son travail était de s’occuper de la maison, de cette petite fille et qu’il devait s’estimer heureux d’avoir un toit… Je me suis approchée pour faire des photos, tout doucement, je lui ai souri et il me l’a rendu discrètement, timidement.
Nous retournons à la maison du vice gouverneur où des amis l’y attendent. Des amis qu’il n’a pas revu depuis 10 ans. L’émotion est à son comble, « Goliath » pleure discrètement, il me présente ses amis. Je les prends en photos et quand ils se voient sur l’écran de mon appareil, ils rigolent et ils semblent étonnés d’être ainsi. Le cambodgien est discret, fière, il ne fera pas étalage de ses sentiments, c’est donc furtivement que je m’éloigne, par respect. Cette scène émouvante me gêne un peu et ils doivent avoir tant de choses à se raconter. Samreth s’étend absenté, réapparait tout sourire. Nous échangeons quelques mots, il parle un peu le français, il le parlait mieux il y a quelques années en arrière. Khim nous rejoint après avoir pris congé de ses vieux amis et nous prenons la route à bord du 4x4 en direction du Vat Banan. Il se trouve à 25km au sud de Battambang. On peut le visiter en même temps que le Vat Phnom Sampeau en empruntant, à quelques kilomètres au nord du Vat Banan, une jolie route de campagne. Je suis vraiment émerveillée par le paysage !
Arrivés au pied des marches menant au temple, khim m’annonce qu’il va rester là, boire une eau avec l’agent, de la police du tourisme et que Samreth va m’y accompagner. Avant notre expédition, khim se doit de me briefer. - « 358 marches vous mèneront au sommet de cette colline, où vous découvrirez le temple et sa vue magnifique sur la campagne environnante. Avec ses cinq tours pointées vers le ciel, ce temple ressemble à une version d’Angkor Vat, mais les différences de taille et de proportions infirment ces assertions. Il a été construit au XIème siècle. Un grand canon date de l’époque où les troupes gouvernementales défendaient la colline des Khmers rouges. Voilà, c’est tout, bonne route ! ».
On dirait que l’on va à un pèlerinage. Heureusement les marches ne sont pas aussi hautes qu’à la cité d’Angkor. Je ne sais pas si je vous l'ai dit pourquoi les marches étaient fabriquées si hautes ?! C’était pour que l’on soit obligé de les escalader en rampant pratiquement. Nous avons donc une position de respect, nous devons toujours être plus bas que Bouddha, des dieux et des rois
La chaleur commence à se faire sentir et les moustiques, mes amis n’ont pas tardé à penser à moi. Tout en escaladant les marches, je demande à Samreth s’il a de la famille. Un silence s’est installé au milieu de cette forêt et Samreth me raconte. Pour un peu je regrettais ma question, je retenais mes larmes en écoutant son récit ! Là, je n’étais pas en train de lire un de mes livres. Cette tristesse dans ses yeux, c’était bien ça ! Il me raconta les khmers rouges, les camps, sa famille décimée. Des silences marquaient des pauses dans son récit et je les respectais. Sa femme, sa fille, quatre frères, trois sœurs, ses parents, ses oncles, tantes, tous disparu dans un terrible génocide toujours impuni à ce jour. Seulement une sœur et lui sont en vie, c’est comme si il culpabilisait d’être là. Soudain, j’ai impression d’étouffer, j’accélère le pas comme si une fois arrivée au sommet je pourrais à nouveau respirer. Les barrages de mes yeux, formés par mes paupières commencent à céder sous le niveau d’eau qui monte, provoqué par ma glande lacrymale. Les cils, quand à eux, sont postés le long du barrage et tentent désespérément de retenir les fuyards, les gouttes. Celles qui ont réussi à passer le poste de contrôle, commencent à déferler sur ma joue.
Avale et respire profondément. Et puis le soleil apparaît à nouveau, en faite nous sommes arrivés au sommet et j’admire la campagne. Samreth et moi rentrons dans une des cinq tours. Un enfant me hèle pour que je lui prenne de l’encens. Je m’exécute, je suis mon guide et imite le moindre de ses gestes pour n’offenser personne. Nous restons quelques minutes à genoux, en silence, devant bouddha et je pense à tous ces morts …. N’oubliez jamais que se sont des lieux sacrés, comme l’église chez nous. Evitez d’y pénétrer en petite tenue. (Shorts et débardeurs), découvrez-vous en entrant dans le périmètre d’un Vat, déchaussez-vous. Devant bouddha, placez vos pieds de côté, ne lui présentez jamais vos pieds. Si il y a un moine, inclinez-vous légèrement, ne le désignez jamais du doigt, encore moins du pied, ni même bouddha. Les femmes ne doivent pas touchez un moine. En sortant, nous profitons du lieu agréable pour nous y promener un peu avant d’entamer une descente vertigineuse. L’air est rempli d’émotion.
Cette région est également chargée d’histoire. Les khmers se sont organisés dans cette région, ont fait de nombreuses purges et s’y sont réfugiés lors de leur fuite face aux Vietnamiens. Aujourd’hui, nombreux de ces khmers rouges vivent en toute liberté dans tout le Cambodge mais beaucoup sont dans cette région. Que se soit à Pailin, ville du diamant, à Samlot ou à Poipet.
Une fois redescendu sur terre, Samreth et moi rejoignons Khim sous l’avant toit d’une cahute où le policier du tourisme somnole dans un hamac…. Pendant un instant j’admire trois petits bouts de choux, debout sur un étalage qui regardent dans un arbre. L’un d’eux, tente, à l’aide d’un bambou, de faire tomber des fruits de l’arbre. Ils ont entre 3 et 6 ans. Le plus petit, regarde la scène d’un air septique, tout en se grattant la tête, il hésite. Finalement, il ose, s’avance et expose son idée, sur la façon d’utiliser cette immense perche de bambou. Derrière eux, un joli petit pont de bois traverse un étang, recouvert d’immenses feuilles de lotus. Quelle végétation ! Quelle paix !
Khim nous annonce qu’il est l’heure de manger et qu’il va nous emmener manger au Ther hôtel. Nous roulons une bonne demi-heure dans la campagne, au milieu des rizières. Nous nous arrêtons un bref instant, vers des enfants qui lancent des filets dans les rizières. Ils ramassent des crabes puis nous reprenons la route. Ces rizières sont vraiment belles. J’observe le sommet d’une montagne que l’on vient de contourner, il me semble avoir vu un stupa doré. Quelque chose brille là-haut avec les rayons du soleil. Khim m’explique que le Vat Phnom Sampeau est juché au sommet d’une colline calcaire. Il se trouvait, en son temps, sur la ligne de front entre les forces gouvernementales de Battambang et les positions des Khmers rouges. Les Khmers rouges ont fait des massacres là-haut, de nombreux corps, ossements ont été retrouvés.
A table je suis gênée, je n’ose commander, car je n’avais pas prévu que l’on parte toute la journée sans rentrer et manger au restaurant…. Khim passe la commande pour nous trois. Pendant ce temps, je lui demande de me parler un peu de Battambang. La province de Battambang compte 1 million d’habitants, la ville environ 140'000 mille habitants. Il y a 96 communes, 13 districts, 741 villages. La province de Battambang, comme je l’ai déjà dit et le principal producteur de riz du pays, un des plus gros greniers du Cambodge. Comme la région est très verte et propice aux plantations, beaucoup de fruits y poussent. Elle est donc également le plus gros producteur d’oranges vertes. La moyenne d’âge est 20-25 ans. La moyenne d’âge maximum est 60 ans.
Après une bonne soupe typiquement cambodgienne, la samlor chapek. C’est une soupe de porc parfumée au gingembre. Nous avons mangé du poulet et du bœuf pour ces messieurs.
Je demande à Khim s’il peut me parler un peu de son parcours.
Avant Pol Pot, il avait déjà effectué deux ans à l’école de médecine. Il a vécu sous le régime Pol Pot, les camps, il n’insiste pas sur cette partie là. Il a été traducteur pendant 5 ans dans les camps à la frontière Thaïlandaise pour les OI et il a également travaillé comme prothésiste chez Handicap International, toujours à la frontière, dans les camps. De retour à Sisophon, chez lui, dans son village, il y a enseigné, pendant 13 ans, les maths. Il est devenu gouverneur adjoint, il y a 9 ans. Pendant 6 ans dans son village et 3 ans à Battambang. Le 8 mai de cette année, mardi passé, il a été nommé Secrétaire d’Etat du tourisme à Phnom Penh. Il a 53 ans, marié et des enfants. Quel parcours !
Quand Samreth s’absente un moment, il m’explique qu’il l’a connu dans les camps, que c’est son ami et qu’il l’aide un peu. Je lui dis qu’il m’a un peu parlé de sa famille perdue à jamais et qu’il semble être un homme brisé aujourd’hui. Il me répond par l’affirmative, en me disant qu’il a perdu beaucoup de membres de sa famille, lui aussi, mais beaucoup moins que Samreth.
Entourées de mes deux guides, nous quittons le restaurant. Une fois encore Khim a tout payé ! Il nous emmène dans un marché un peu spécial, en dehors de la ville. Sachant que j’aime les kramas et que je voulais en acheter il m’a emmenée en cette endroit. Au stand d’un sacré petit bout de femme, qui vend des kramas en gros. Elle fait le krama à 2`000 riels alors qu’à Siem Reap, au marché, ils étaient entre 4'000- 6'000 riels et à Phnom Penh au marché Russe il pouvait atteindre 8'000 riels (4’000 riels font environ 1 dollars). Attention, il est bien clair que si nous faisons le change dans notre monnaie, ça reste toujours bon marché mais il faut calculer en fonction du coup de la vie du pays. Je suis partie avec 6 kramas et en plus elle m’a fait les petites franges car ces derniers n’en n’avaient pas.
Nous avons fait le tour du marché, puis Khim a dû passer, contrôler, l’avancée des travaux du futur bâtiment d’une radio régionale. Je vous dis une, car il m’en a énuméré tout un bataillon que je n’ai pu retenir. Le terrain se trouvait au milieu d’un petit village. On ne pouvait pas passer inaperçu. Alors que nous étions en train de regarder la charpente se monter et que Khim discutait avec un des ouvriers, des rires se faisaient dans mon dos. Des petites mains tiraient mon petit lion en porte-clés, pendu au sac à dos. Je me suis retournée et là, devant moi, tout le village était présent. Les adultes et les anciens sont restés à l’entrée du terrain, quand aux enfants ils étaient tous là, avec leur magnifique sourire. J’ai commencé par prendre deux, trois photos mais c’est vite devenu du matraquage. Ils voulaient tous pauser et consulter la photo sur l’écran. Je suis montée sur un des murs en construction et je leur ai demandé de tous se rassembler pour faire une photo de groupe.
Quand j’ai voulu montrer la photo, il a fallu que je me baisse pour que les petits voient et ils ont commencés à se pousser, se taper et à me sauter dessus pour voir la photo. Incroyable, je n’avais pas de cadeaux, ni d’argent, ni à manger, juste une image d’eux qu’ils ne pourraient même pas avoir ! Je suis partie avec eux sur le sentier, entre les maisons pour faire d’autres photos. Une fille d’environ 7 ans figurait sur toutes mes photos, car elle poussait les autres ou à la dernière minute sautait devant l’objectif. Je l’ai taquinée, j’ai fait semblant de faire une photo des enfants se trouvant sur ma droite et au moment où elle a sauté, j’ai pris les autres enfants se trouvant sur mon côté gauche. Une grand-mère est venue devant moi, elle a poussé les enfants, s’est mise devant en prenant la pause et a attendu que je la prenne en photo. Certains enfants l’ont poussées et j’ai dit en khmer : - Te ! Qui veut dire, non et je suis allée vers la grand-mère, lui ai dit bonjour en khmer et l’ai prise en photo.
Ma dernière visite pour la journée va être celle de la prison. Sur le chemin, Khim m’explique qu’il y a eu un soulèvement il n’y pas longtemps, avec des tentatives d’évasion. Pendant plusieurs heures les policiers ont essayés de reprendre le dessus. Intervention d’hélicoptères, un policier prit en otage, il a été découpé en lambeau… Résultat, ils ont attaqués, tirés, il y a eut une dizaine de morts, de nombreux blessés, le policier est mort. Le détenu avait caché un couteau et a tranché le policier… Il paraît qu’une vidéo amateur circule déjà sous le manteau. On peut la trouver au marché. (Sur You tube également)
Nous avons été accueillis à l’entrée par plusieurs gardes. Pendant la visite, nous étions suivi par 5 gardiens armés de matraques électriques. Le badge de leur uniforme, pour les fans, étaient ornés de deux grosses clés dorées entrecroisées. La couleur de l’uniforme variait en fonction du grade et des personnes qui travaillaient à l’intérieur, dans l’enceinte de la prison ou à l’extérieur, devant la prison, aux baraquements des familles des détenus. Il était soit bleu marine soit vert foncé. Une fois arrivés à l’intérieur, sur notre gauche, un premier bâtiment allongé, entouré de barbelés. L’aile des criminels, visiblement ils n’ont pas accès au jardinage, leur promenade se fait juste devant le bâtiment (50m de long et 5m de large). Au milieu, mais au fond de la cour, une partie promenade entourée elle aussi de barbelés. Une partie est réservée au jardinage, le reste à la balade ou flânerie. Au centre une stèle, représentant les armoiries de la prison, deux grandes clés entrecroisées.
L’aile se trouvant sur ma droite et celle des femmes. Un des gardiens ouvre le cadenas qui pend à la porte et m’y fait entrer. J’y découvre des cellules exigües. La pièce fait à peine 10m de long et 10m de large cette pièce est divisée en 6 cellules et dans chacune d’elle, 4-5 femmes. Par contre les cellules sont ouvertes, elles peuvent aller dans la cellule voisine. Je suis gênée j’ose à peine les regarder, je suis certaine qu’une grande partie sont là pour trois fois rien. Pour avoir voulu manger, faire vivre leur famille. Une grande partie est là pour vol. On ne me le dira jamais, mais pour la plupart se sont de petits délits. Considérés en tant que tels chez nous mais pas chez eux. Ce qui m’a le plus choqué, se sont les petits enfants que j’y ai vu, pendu au cou de leur mère. Des enfants de deux, trois ans. On m’a expliqué que si la mère veut garder l’enfant avec elle, elle le peut. Le linge lavé, sèche, suspendu, en travers des couloirs des cellules.
Les WC sont juste séparés d’un petit muret, qui arrive à la hauteur de la taille, d’environ 1m50 de long. Se sont des WC à « la turc ». La douche, dans la même pièce, là sur un côté avec un sceau. Le sol est fait de dalles. Les repas se prennent toujours dans cette pièce, parterre, ainsi que pour dormir. Pas de lit ou de couverture, pas d’armoire pour ranger vos affaires, rien. La plupart n’ont que ce qu’ils ont sur le dos et ce qui sèche. La lessive est aussi faite parterre avec un sceau et étendue en travers de la cellule. Il y a une forte odeur d’humidité.
En faite, l’aile de droite, celle où se trouvait les femmes et toute petite, car dans le reste du bâtiment se trouvent les hommes. On m’y emmène. Je marche au centre du couloir et ne regardes pas dans les cellules, car on peut facilement le faire. Ces dernières sont faites d’un muret d’un mètre de haut et le reste se sont des barreaux. A chaque porte (En barreaux) un gros cadenas. Ils n’ont donc aucune intimité ! Certain peuvent sortir, se faire à manger dans une casserole se trouvant à l’extérieur, sur un petit fourneau de pierre. On m’explique que l’Etat leur fournit des rations de riz, le minimum, aussi ils comptent beaucoup sur leur famille ou amis pour obtenir un peu plus de nourriture et de la viande. Dans le potager ils peuvent faire pousser des fruits et des légumes. Les gardiens ne sont que des hommes, certaines femmes travaillent à la prison mais dans l’administration, donc pas de gardiennes femmes pour le secteur des femmes.
En sortant de la prison, plusieurs gardiens se sont attroupés autour de moi, visiblement désireux d’immortaliser le moment. J’ai donc pris quelques clichés ainsi qu’à l’intérieur de la prison, mais uniquement les bâtiments, la cour et le potager. Par respect, je n’ai pris aucune photos de détenus, je n’étais déjà pas très à l’aise.
On m’explique que les petits bâtiments se trouvant vers l’entrée de la prison, sont l’administration, mais aussi où loge certaines familles de détenus. Peut-être celles qui habitent beaucoup trop loin pour venir tous les jours apporter à manger… Quelle vie pour ces familles ! J’ose espérer qu’elles ne restent pas là indéfiniment !
Sur le chemin du retour j’apprends que ma journée est loin de se terminer car Khim veut nous emmener au restaurant ce soir. Ils me déposent à mon hôtel et reviendront me prendre à 1930.
Nous avons soupé dans un très bon restaurant où visiblement les gens profitent de se mettre sur leur 31. Une grande pub Tiger et plusieurs jeunes filles dans le costume traditionnel. Je suis impressionnée par le personnel, il est très jeune. J’interroge Khim qui m’explique. Au Cambodge, troisième pays plus pauvre au monde, les jeunes doivent s’occuper de leur famille. La plupart qui travaille ici, sont mineures, ils travaillent le soir après l’école dans des restaurants pour se payer le matériel scolaire, des cours de rattrapage et faire vivre leur famille. Tout le monde ferme les yeux pour arranger tout le monde ! Je lui dis que je suis impressionnée par le nombre du pub de bière. Il me confirme que l’alcool, la bière est un gros problème chez les jeunes. La cigarette beaucoup moins. Nous devons presque hurler pour se comprendre car le karaoké bat son plein, les cambodgiens en sont très friands. Khim m’explique que le salaire d’un serveur, d’un ouvrier en bâtiment ou d’un vendeur est de 20 US dollars. Celui des fonctionnaires, médecins, infirmières, prof d’école et policier est de 50 US dollars. Celui des chauffeurs de camions ou de bus est de 150-170 US dollars et celui des employés du gouvernement est de 200 US dollars, ceux-ci ont encore, très souvent, un véhicule et une maison à disposition en tout cas moins cher.
Un motodup qui vous emmène à droite et à gauche pendant une journée, vous demandera entre 7 et 10 US dollars. C’est pour ça qu’il y a énormément de motodup même si l’essence est cher.
Mes deux guides me ramènent à l’hôtel après une journée et soirée bien remplie. Khim m’annonce qu’ils viendront me chercher aux alentours de 1000 le lendemain.
Mardi 15 mai 2007 Anniversaire de Michèle !
Ayant maintenant un peu plus de deux heures à tuer, je décide d’arpenter les rues de Battambang avant que la canicule ne règne en maquerelle et que la poussière ne se transforme en une sorte de brouillard. J’ai laissé le charme de cette petite ville, de ses rues, opérer sur moi. Au détour d’une rue je découvre un Vat, un temple, le Vat Phiphetaram, je m’y arrête un instant afin de savourer cette paix, tranquillité qui se trouve en ce lui. Je croise deux vieils hommes, maigres et édentés qui balaient le passage donnant accès au Bouddha.
Quelques rues plus loin, je tombe sur un cortège, de cambodgiens habillés dans des habits de lumière, je pense à nouveau à un spectacle ou mariage et je me prépare à faire quelques photos. Ayant vécu la même situation à Phom Penh et il s’est avéré que le cortège était un enterrement, je décide d’attendre un peu. Un cortège de nonne, en blanc, surgit, confirme que quelqu’un nous a quittés…
Tout en déambulant dans les rues, j’observe les bâtiments, une architecture coloniale, française, très bien préservée. Sans le savoir, je me retrouve dans une rue où visiblement règnent les ONG et OI. Au bout d’un chemin, le long d’un petit ruisseau, je longe l’immense parcelle du CICR. Visiblement les ateliers d’orthopédie. Je constate à l’extérieur, de petits parcours aménagés pour s’entraîner à la rééducation avec sa prothèse. Mes pas mon déposés devant l’entrée principale et un garde armé m’examine de haut en bas. Visiblement il ne parle pas anglais et m’envoie vers un homme qui se trouve dans une cahute après la barrière principale. Je lui demande si c’est possible de parler à quelqu’un dans le centre, je me voyais mal lui expliquer que dans une autre vie j’étais prothésiste-orthésiste et que j’aurais aimé visiter leurs ateliers. Il m’explique que c’est férié, pendant 3-4 jours ! Dépitée, je m’éloigne et me demande si j’ai raté quelque chose, nous sommes mardi 15 ?! Plus tard, j’apprendrais que le roi Norodom Sihamoni est né le 14 mai 1953. Donc hier, c’était son anniversaire et les administrations sont fermées pendant 3-4 jours pour fêter ça ! C’est bien ma veine, je ne reste plus que cette semaine au Cambodge, je ne vais donc pas pouvoir visiter un atelier d’orthopédie, ni même mettre la main à la pâte.
Je me rends compte que l’air de rien, je me suis bien éloignée et l’heure tourne. Un motodup passe et me hèle, j’accepte qu’il me ramène à l’hôtel pour ne pas arriver en retard.
Le temps de prendre une douche, de me changer, de boire un thé et il était 1000.
A 1040, le 4x4 de Khim s’arrête devant l’hôtel et je me précipite dehors pour monter dans le véhicule climatisé. Le conservateur du musée de Battambang est un ami de Khim, un ami des camps. Il parle très bien le français et j’ai le privilège d’effectuer une visite privée avec un guide. Ce musée n’est pas très grand mais il renferme une belle collection de linteaux finement sculptés et de statues provenant de toute la province, notamment du Vat Banan et de Sneng.
Je reconnais effectivement deux trois statues et des bouddhas provenant du site du Vat Banan, celui que j’ai visité la veille, au sommet de 358 marches. Le conservateur m’explique qu’il y a eut beaucoup de pillage à l’époque khmers rouges et après. Il me montre des bouddhas ayant une partie de la tête cassée mais elles ont été cassées à l’aide d’une longue lame… Un Bouddha Thaï et un Bouddha Cambodgien, Chinois ou Birman diffèrent profondément dans l'expression ou la forme du visage. Il m’explique comment on fait la différence entre un bouddha cambodgien et un bouddha Thaïlandais.
Le Bouddha khmer a un visage relativement rond, le menton carré, il a le célèbre sourire intérieur énigmatique qui se retrouve sur les visages du temple montagne d'Angkor. Les lobes d’oreilles sont moins allongés que celui de Thaïlande, la chevelure aux petites boucles tournant dans le sens solaire, les yeux mi-clos, un nez moins fin que celui de Thaïlande et l’urna sur le front.
L’urna est la touffe de poils entre les sourcils de bouddha, symbolise le troisième œil, celui de l’éveillé. L’ushnisha est moins haute, plus ronde, que celle du bouddha de Thaïlande. L’ushnisha est la protubérance crânienne ou chignon de bouddha, emblème des ses pouvoirs spirituels. En Thaïlande, le bouddha a l’ushnisha surmontée de la flamme de l’illumination. Ce qui lui fait un chignon très allongé et fin. Le cou du bouddha Khmer est plus court, moins allongé que celui de Thaïlande.
Un peu plus loin, je découvre les sources instrumentales de la musique Khmer. Des cithares sur bambou, des orgues à bouche, des orchestres de gongs suspendus ainsi que de grands tambours de bronze et des lithophones (instruments de pierre ou de coquillage). Avec l'hindouisation vinrent se greffer de nombreux instruments d'origine indienne (Harpe, vinâ, certains tambours, cymbale...), influence à laquelle s'ajouta ensuite celle de Java où fut formé le roi fondateur d'Angkor. Il semble que l'influence javanaise soit redevenue importante au 15ème et au 16ème siècle, notamment par l'apport de la vièle à pique et de certains tambours sur cadre. L'influence chinoise s'est fait sentir tout au long de l'histoire de la musique du Cambodge et fut surtout marquante pour les instruments à corde. Enfin, l'influence siamoise fut plus tardive, mais elle a modelé les orchestres tels qu'ils sont aujourd'hui, en particulier pour la musique Mohori.La musique Mohori est ainsi soumise aux goûts des hommes, à leurs modes, et privilégie les instruments à son doux (la flûte Khluy) et les instruments à cordes (Krapeu, Tro Chhé, Tro Sor et Tro Ou) au côté des percussions (les xylophones Roneat Ek et Roneat Thong, les tambours Skor Romonea, les cymbales Chhing).
L’appel de l’estomac a retentit et nous partons dans un petit restaurant où Khim prend directement la commande, car je lui ai dit que je lui faisais confiance et que je voulais découvrir la cuisine khmer.
Le repas, encore une fois est exquis. Une immense assiette, contenant une feuille de bananier et je ne sais quoi de compact au milieu, est déposée au centre de la table. Khim me dit que c’est « Manour », que c’est excellent et de manger. Alors qu’il enfourne une cuillère à soupe de cet aliment mystérieux. J’approche à mon tour ma cuillère pour mieux visualiser ces petites formes blanchâtres. Ok, c’est bon, au moment où j’ai approché ma cuillerée, j’ai tout de suite diagnostiqué les petites formes blanchâtres. C’était des larves. J’arrivais à voir leur tête et leurs petites ventouses aux pattes. Je regarde Khim et lui demande si se sont des larves. Il me répond, « nid d’abeilles » ! Je savais qu’il fallait se méfier. Quand il m’a parlé du nid d’abeille ou Manour, je me suis dite : - Nathalie, on est au Cambodge, ce n’est certainement pas le même nid d’abeille que chez nous ! Une gaufre saupoudrée de sucre. Effectivement, me voilà face à un vrai nid d’abeille avec ses larves à manger, légèrement cuites et recouvertes de miel. Ni pensons plus et dégustons ce plat typiquement khmer ! Très bon, mais s’il n’y a pas le miel c’est une peu fadasse.
Avant de me ramener à l’hôtel, car Khim a des obligations, suite à sa nouvelle nomination, il me dépose dans une papeterie car je désirais acheter en grand nombre des cahiers et des stylos pour l’association AVEC. C’est avec un stock de 100 cahiers et de 100 stylos que je quitte les lieux et que Khim et son ami me dépose devant mon hôtel. Nous nous quittons avec une certaine émotion, je les remercie mille fois pour leur patience, générosité et disponibilité. Khim me dit que je peux appeler Samreth quand je veux, si je désire visiter d’autres lieux.
Le 4x4 démarre, un grand nuage brun l’accompagne. Une fois sorti de mon champ de vision, je gravis les trois étages m’amenant à ma chambre, pour déposer mes achats. De retour devant l’entrée de l’hôtel, je cherche du regard Ob Phi-Lay mon montodup, ne le voyant pas je décide de faire une virée à pied, le long de la rivière Stung Sangker.
De 1230 à 1530 je vais me promener dans Battambang. M’arrêter et observer la vie des khmers. Dans une rue, je me retrouve nez à nez avec une vache au milieu de la route. Je ne peux m’empêcher de l’immortaliser et au même moment, j’entends : - Eh, clic-clac ! - One, two, three ! Je découvre, un peu plus loin, derrière la vache, le long d’un muret, deux garçons, entre 10-11 ans, allongés dans un hamac. Visiblement, cet endroit est leur atelier de travail où ils changent les suspensions des motos. Un peu plus loin, dans une rue perpendiculaire, deux garçons de 8-9 ans, ramasse les déchets qu’ils trouvent et les stocks, dans un grand sac de riz, vide naturellement. Quand ils essaient de prendre les déchets déposés devant les maisons ou commerces, ils se font crier dessus par les propriétaires et une course poursuite commence. Les tongs, sandales volent dans leur direction. Je retrouve mes deux petits nettoyeurs un peu plus loin, le long de la rivière et pendant un temps je les ai suivis. Une moto passe, 5 filles y sont à bord. Eh, oui, c’est le Cambodge. Ces motos transportent beaucoup de choses et de personnes. Mes deux petits hommes, enjambent un mur, j’accélère le pas pour regarder où ils se dirigent. Derrière le mur, il y a la berge de la rivière, ils sont là, un besoin pressant tiraillait l’un d’eux. Je m’éloigne discrètement. Des baraquements sur pilotis longent la berge, une petite barque recouverte d’un toit, tressé avec des feuilles de palmier vogue sur l’eau. Du linge, sèche à la poupe de la petite barque, des victuailles y sont entreposées. A la proue, un jeune homme écaille et éviscère du poisson dans un sceau et sur le toit, des filets et des rames sont soigneusement rangés.
Je me retrouve sur le chemin qui longe les baraquements du CICR, visiblement toujours fermé. Un petit cours d’eau borde le terrain du CICR et quatre adolescents tentent une partie de pêche à l’aide d’une longue tige en bambou et d’un petit bout de fil en nylon. Voyant que je les regarde ils se sentent un peu gêné, rigolent mais n’ose me regarder. L’un d’eux a attrapé un poisson. Drôle de poisson, il fait environ 10-15cm de long (un peu comme une anguille) et ils ont attaché un élastique autour de sa tête ou plutôt de sa trompette. Sa tête est en forme de trompette !
Arrivée devant Handicap International, qui se trouve vis-à vis du CICR, je trouve porte close. Je décide de rentrer à l’hôtel.
Tous les motodups sont là et attendent les touristes. Voyant Ob, je vais lui demander si il est d’accord de m’emmener auprès de Patrik et Theavy car j’ai du matériel à leur amener. A 1600 nous sommes devant l’association AVEC, Theavy m’ouvre le portail et je lui explique que j’ai apporté quelques cahiers et stylos. Ils m’invitent à boire un jus de sucre de canne, tout en découvrant mes achats. J’explique que j’ai ramené 350 stylos depuis la Suisse, mais que je les ai achetés en gros, sur un site et qu’ils ne sont malheureusement pas de très bonne qualité puisqu’ils coulent ! Tous deux sont enchantés car jeudi il y a la rentrée des classes et ils pourront utiliser ce matériel, à voir avec Sébastien et Sarah. Deux suisses qui ont pris une année sabbatique ou plutôt sympathique, pour voyager, sac au dos en Asie, partir à la rencontre d’ONG locales, apprendre la cuisine Thaï, prendre des cours de massage et illustrer un max leur magnifique site web, www.sakodo.ch. En ce moment ils sont à l’association, ils vont donner des cours d’anglais, dès la rentrée, à l’école de Daksoso. Je me réjouis de les rencontrer jeudi. Patrik demande à Theavy si les beaux stylos à bille que j’ai apporté, ceux achetés à Battambang, ainsi que les cahiers, ne pourraient être utilisés pour les cours d’anglais. Patrik et Theavy me donnent un T-shirt de l’association et un petit film sur l’association, avec quelques photos.
Avant de nous quitter, Patrik donne ses instructions à mon motodup pour la journée de jeudi, à savoir qu’il réserve sa journée avec nous ou plutôt avec moi et que nous devons être à 0800 du matin, à l’association. Le rendez-vous est pris. Arrivée devant l’hôtel, je rappelle à Ob, que nous avons rendez-vous lui et moi à 0800 à l’association, donc il faudra partir de l’hôtel à 0745. Le rendez-vous est pris, pourtant je ne suis pas confiante !
En rejoignant ma chambre d’hôtel, je découvre un festin devant ma porte. Plusieurs crickets morts, en fait il y en a plein le couloir ! Le fléau ?! Une vraie hécatombe.
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