A 0800, Somaly Mam m’annonce au téléphone qu’un de ces collaborateurs va venir me chercher à ma guesthouse vers 0930 afin de m’amener à l’association AFESIP.
Munies de mes 225 préservatifs, de mes 350 stylos achetés sur le net en Suisse, ainsi que des 40 cahiers, 50 stylos, gommes, taille crayons et boites de crayons de couleurs achetés vendredi à Phnom Penh, j’attends dans le hall de l’association AFESIP que Somaly Mam termine sa réunion afin de me rencontrer. Les employés de l’association sont aux petits soins avec moi, en m’apportant un grand verre d’eau et du thé chaud.
Somaly m’accueille et s’excuse pour la nuit qui règne dans son bureau, mais un mal de tête la harcèle depuis ce matin et la lumière n’arrange rien ! C’est donc dans la pénombre de son bureau que l’on me présente son équipe, le comité. Elle explique à ce dernier que j’ai amené deux, trois petites choses. En une minute elle fait le tour de ce que j’ai apporté et décide où et à qui sera distribué le matériel. La décision est prise, le tout ira aux enfants du centre de Kompong Cham. Concernant les préservatifs, je sens dans sa voix de la déception car ceux-ci sont trop grands. J’apprends que la taille utilisée au Cambodge (Asie) est du XXS (48mm) alors que j’ai apporté la taille la plus vendue sur le net (50-52mm). La voyant repoussé le stock sur le côté, visiblement déçue, je lui dis timidement qu’ils pourront être utilisés pour les clients occidentaux !
Un téléphone nous interrompt et une fois terminé, Somaly s’excuse auprès de moi mais elle va devoir parler à son comité en khmer afin de donner ses instructions. Pendant qu’elle parle je regarde la pièce qui est son bureau. Une grande pièce joliment aménagée. Une moquette, des canapés, fauteuils, vaste bureau, bibliothèque. Une fois terminé, elle informe ses collègues qu’elle désire que l’on me montre le travail de l’association, en me faisant visiter ; 3 bordels, le centre où se trouve les femmes et celui des enfants à Kompong Cham qui se trouve à 60 km de là, puis elle se lève et tout en me frottant le dos, elle nous annonce que nous devons quitter les lieux car elle a encore beaucoup à faire.
Je ne la reverrai plus et ne pourrais lui exposer mon projet depuis la Suisse concernant son association.
Il faut savoir qu’il était prévu depuis la Suisse, par e-mail, de se rencontrer. A la base, si vous regardez mon plan de voyage, je devais commencer mon séjour à Battambang et y rester un bon moment vu que mon but était d’approcher l’association AVEC afin de lui exposer mon projet et d’éventuellement donné un coup de main en orthopédie ou du moins visiter leurs ateliers, voir ce qu’il se fait là-bas.
Je n’ai pas eu besoin d’écrire dans mon journal mes deux journées passées à l’AFESIP, par contre, aujourd’hui encore, je ne sais comment rédiger ce que j’ai vu, ce que l’on m’a expliqué ! J’ai décidé de vous relater mes deux journées sans parti pris, sans jugements à vous de vous faire vos propres idées …. Je ne mettrai pas sur mon site les photos prises du milieu de la prostitution, d'une part par respect pour ces jeunes femmes et d'autre part, afin de ne pas entrer dans une sorte de système de marketing,voyeurisme. Une demi-heure s’écoule, alors que je regarde, les prix, coupures de journaux, photos de Somaly Mam, exposés sur un mur, une femme vient me chercher et m’annonce que nous allons nous rendre dans le bureau de Somaly Mam, qui se trouve à l’étage. Vendredi, CNN était venue faire une interview sur Somaly et son association et mardi, demain elle s’envole pour l’Italie.
En sautant de l’avion à Bangkok, j’ai sauté dans un taxi qui après 45 minutes de route m’a déposé à la station nord pour sauter dans un bus qui m’a emmené après plus de 6 heures de routes, à la frontière Thaï-Cambodgienne. J’y ai passé une nuit et le lendemain, je sautais à nouveau dans un bus pour me rendre à Siem Reap après avoir poiroté 3 heures à la frontière, 8h30 de bus sur une route défoncée. Après une nuit à Siem Reap, j’apprends que Somaly est à Phnom Penh. Pendant la journée je visite son centre et le lendemain je saute dans un bus pour faire environ 380 km, jusqu’à Phnom Penh afin de l’y rejoindre. Nous sommes vendredi après-midi, je l’appelle et elle m’annonce que le centre est fermé pour le w-end et que l’on se rencontrera lundi, mardi elle quitte le Cambodge pour l’Italie. Si vous regardez la carte du Cambodge vous pourrez facilement vous rendre compte des kms parcourus en peu de temps.
Je me suis donc retrouvée à nouveau sur le canapé du hall d’entrée avec un autre verre d’eau et de thé chaud. Monsieur Uong, c’est son prénom, m’a rejoint pour organiser ma journée et éventuellement celle du lendemain pour le centre des enfants. Une personne représentant certains donateurs est présente et suivant ce que décide de faire cette personne il faudra déplacer notre visite à Kompong Cham à un autre jour. Ce qui est compréhensif.
- 40 % retourne dans les bordels.
- 36 % de la population est pauvre. Il n’existe pas l’aide sociale, sauf pour les fonctionnaires à la retraite.
- 3 centres comprenant 152 filles (à ce jour).
- Kompong Cham 47 enfants.
- Siem Reap 44 filles dont 2 thaïlandaises.
- Tom Dy 61 filles dont 2 thaïlandaises.
- 579 endroits ont été visités par l’association, comprenant des bordels, des salons de massage, des karaokés, des restaurants, des salles de billard, des salons de coiffure, des bars, des hôtels, des guesthouses, des cafés shop, dans les jardins publics…
- 6514 filles ont été recensées dans ces endroits.
- 1 centre à Phnom Penh pour héberger les filles.
- 1 salon de coiffure qui fait office d’école.
- 1 clinique qui effectue tous les soins ou toutes les analyses gratuitement pour les filles.
- 1 centre pour enfants à Kompong cham.
- 1 centre à Siem Reap pour héberger les filles où elles sont formées pour la couture et suivre des cours de scolarité car une grande majorité est analphabète.
- 1 salon de coiffure qui fait office d’école à Siem Reap.
Monsieur Uong me demande si j’ai des questions, plusieurs se bousculent dans ma tête, en référence au livre de Somaly…. Je m’ose à lui demander comment se fait-il qu’ils aient été attaqué à plusieurs reprises par la mafia du milieu de la prostitution (selon le livre) sans que le gouvernement ou même le Roi n’interviennent ? Il sourit et me dit qu’il y a eut une attaque et que maintenant le gouvernement est intervenu. J’apprends que les filles du centre de Tom Dy, à Phnom Penh, sont entassées dans de petites pièces qui leur servent de chambre. 20 filles par pièce d’à peine 20m2, sans électricité. Le soir elles évoluent dans la pièce à la lueur d’une bougie et tentent de s’endormir dans une pièce moite où l’air est lourd et moite ! Il me confie qu’il aimerait pouvoir faire construire des petits immeubles sur deux-trois étages afin qu’elles aient plus de place et installer l’électricité … Je me mets à penser, pas à haute voix. Pourquoi le confort des filles n’est pas la priorité ? Même si les pièces sont petites, s’il y avait l’électricité, des ventilateurs ça changerait beaucoup ! Un centre ne doit-il pas être accueillant afin d’inciter les filles à rester ? A Siem Reap le centre est accueillant, même si les chambres des bungalows sont petites. Il y a l’électricité, j’y reviendrais plus loin.
Monsieur Arunrith nous rejoint sur le canapé, il est le contrôleur financier de l’association. Il me parle des budgets, des dépenses, des projets, des donateurs. M’explique que les principaux grands donateurs sont : l’Unicef- l’Espagne- l’Italie- le Japon. De la jalousie entre ONG, qui poussent certaines à faire mauvaise presse sur Somaly ce qui lui a valu de perdre un de ses plus grand donateur…
Monsieur Uong m’annonce que l’on va me ramener à ma guesthouse car il est déjà 1230 et le centre ferme. A 1430, mon chauffeur attitré viendra me chercher.
1430 me revoilà au centre AFESIP. Monsieur Uong me présente les 3 filles que je vais accompagner dans les bordels. L’une d’elle est son adjointe, elle aussi parle un peu le français et elle est enceinte de 8 mois. Il m’annonce que demain, mercredi, à 0730, on viendra me chercher pour m’emmener au centre des enfants dans la campagne de Kompong Cham. Un de ses assistants, qui parle anglais et le chauffeur m’y accompagneront.
Nous nous rendons dans un fourgon à Reusey Keo, un quartier à Phnom Penh. Autour de moi, que des petites maisons, chez nous on appellerait ces dernières, des cabanes.
Au Cambodge la majorité des maisons sont comme ça. Soit complètement en bois sur pilotis, soit complètement tressées avec des feuilles de palmiers sur pilotis ou pas et soit tressées mais avec le toit en tôle. Les plus pauvres ont leur maison complètement tressées et quand il pleut, au fil du temps, l’eau fini par s’infiltrer.
Le premier bordel que je visite et dans une cabane délabrée, en bois. Par endroit il manque des planches et il faut faire attention de ne pas traverser le plancher. A coup sûr on tomberait directement dans les excréments de la maisonnée. Dehors il pleut mais je découvre qu’à l’intérieur aussi. En faite cette cabane a été construite pour accueillir 6-7 cellules, pardon, chambres de 1m de large et 3 de long. Des clapiers à lapins ! Se sont les chambres des filles. Elles vivent là 24h sur 24. Sur le panneau en bois qui sert de porte, un petit crochet avec un minuscule cadenas pour fermer la porte. A l’intérieur, on tombe sur un lit et sur deux, trois habits suspendus sur une ficelle qui fait office de penderie. Dieu que tout ça est sordide ! Et de visiter encore plus, je ne suis pas à l’aise d’être là ! Je trouve que ça fait nouvelle promotion touristique… Je me concentre sur le travail des trois femmes qui m’accompagnent. Tous les jours elles font le tour de tous les bordels qui collaborent avec l’association AFESIP. Elles donnent des cours d’éducation sexuelle, distribuent des stocks de préservatifs, tout en leur expliquant comme enfiler un préservatif.
Les 4 employées de Somaly qui suivent les filles Petits cours d'éducation sexuelle et d'hygiène
Elles s’entrainent à tour de rôle sur une verge en bois. Elles leur donnent du savon tout en faisant un petit cours sur l’hygiène. Pendant ce temps, j’observe ces filles qui font si jeunes. Une en particulier, je trouve qu’elle fait 13-14 ans. Je me confie à ma voisine enceinte, qui parle le français et elle m’avoue ne pas connaître les âges exacts. Elle me confie que si je demande à l’une d’elle son âge elle mentira toujours et se vieillira. En effet, celle que je trouve si jeune, affirme avoir 21 ans. J’apprends par la suite, que l’association a sorti toutes ces filles de ce sordide milieu mais qu’elles ont décidé de retourner dans le milieu de la prostitution pour des raisons financières. Au centre, elles ne gagnent pas d’argent et ne peuvent en envoyer à leur famille, qui vive à la campagne et compte sur cet argent pour vivre, manger. Il faut savoir qu’une fille qui entre au centre sera suivie et aidée pendant 3 ans seulement et après elles doivent se débrouiller mais l’association essaie de ne pas les perdre de vue. Comme la plupart sont analphabètes il est très difficile pour elles de se former en trois ans. A la coiffure oui, pour autant qu’elles trouvent du travail mais pour la couture il faut savoir calculer…
- Dans le premier bordel, les 5 filles ont entre 13 et 19 ans.
- Elles travaillent de 1100 à 0200.
- Elles touchent 2,5 dollars la passe, mais elles doivent la moitié « au mac » pour la chambre …
- 5 dollars la passe pour les touristes.
- Les jeunes effectuent entre 5 à 7 passes.
- Les vieilles, se sont leurs propres mots (31 ans), entre 2 à 3 clients à 2,5 à 2,6 dollars. Elles, elles doivent 3 dollars pour la chambre car se sont des vietnamiennes, des illégales.
- La plupart sont analphabètes.
Les filles sont décontractées et rigolent pendant les cours d’éducation sexuelle surtout lors de la mise de la capote sur le mannequin en bois. J’apprends que malgré leur jeune âge, elles exigent le préservatif en le mettant à leur client, elles refusent catégoriquement certains actes sexuels.
Dans le deuxième bordel qui se trouve coller au premier, 3 femmes grimées avec de la peinture blanche sur le visage, histoire de faire peau blanche ! Le visage est déjà bien marqué. Avec beaucoup d’humour elles disent qu’elles sont vieilles (31 ans) et qu’elles n’ont que 2 à 3 clients par jour. Avec humour je leur dit que je dois vraiment être très vieille à 35 ans. Elles ne me croient pas ! La troisième qui a 24 ans a 5-7 clients par jour. Toute fière, l’une d’elle me montre sa chambre. J’ai failli traverser le planché, encore des lattes manquantes ! Le toit fuit lui aussi, il fait une chaleur épouvantable et je ne vous parle pas des odeurs. Les WC, se trouve tout au fond du couloir, sans portes, ni cloisons. La chambre quand a elle est décorée à l’aide de tissus de couleur, sur les murs et sur le lit. Sa propriétaire m’a demandé de la prendre en photo dans sa chambre. Elle était fière de la décoration.
Dans le troisième bordel visité ce jour-là, les filles ont entre 23 et 24 ans. Les tarifs sont les même et le patron de
l’endroit prend toujours 50%. Pendant le cours d’éducation sexuel, un homme, sur sa moto, surgit dans la maison. Je n’en reviens pas, j’apprends que c’est un régulier. La fille le fait patienter dans la chambre et file au fond du couloir, un linge autour de la taille. Elle revient en courant et demande un savon.
Distribution de savon - préservatifs
Une minute plus tard la porte de la chambre se ferme. Les chambres n’ont pas de plafonds, au fond de moi je prie pour ne rien entendre ! Les filles continuent de suivre les cours. Cinq minutes plus tard la fille sort de la chambre et nous rejoints. C’était comme si elle s’était absentée pour aller au petit coin. Elle reprend le cours là où elle l’a laissé ! Son client sort, le sourire aux lèvres, les filles le regardent et rigolent. Il grimpe sur sa moto, démarre et quitte la maison avec des étoiles pleins les yeux et un sourire béat. Avant de quitter les lieux, les filles veulent être prisent en photo avec leurs professeurs d’éducation sexuel.
Un peu plus loin, sur la même rue, on discute avec 7 prostituées vietnamiennes. Elles ont entre 23 et 30 ans. Elles ont 3-4 clients par jour et gagnent 2,5 dollars la passe. Je ne sais pas comment elles font, elles payent 5 dollars la chambre pour 24 heures. La police, leur pique 5 dollars, en échange de leur silence sur leur présence au Cambodge. Alors que mes trois guides, discutent avec les filles, une femme surgit derrière nous et crie à l’encontre des filles. Voyant que je m’inquiète, l’adjointe de monsieur Uong, me tient le bras et m’explique que la femme qui hurle réclame l’argent de la chambre. Il semblerait que les filles ont des dettes. Tu m’étonnes ! Le calcul est vite fait, 3-4 clients par jour à 2,5 dollars (7,5 à 10 dollars) 5 dollars pour la chambre et 5 dollars pour la police, il ne reste plus rien ! Finalement la femme virulente enfourche son vélo et s’en va. Nous ne tardons pas non-plus, il est l’heure de rentrer au centre. En chemin mon ange gardien s’agrippe à mon bras et se tient le ventre. Sacré petit bout de femme, toute petite, si jeune et elle semble frêle. Je n’ai pas osé lui demandé si elle aussi, un jour est passée dans ces maisons où si l’enfant qu’elle attend …. Je quitte mes pensées sordides, car sa main me serre le bras et son regard me dit qu’elle va mieux. Jusqu’au fourgon elle me tient le bras.
De retour au centre j’apprends par Uong que Somaly a quitté le centre, qu’elle ne reviendra pas et demain elle part pour l’Italie. Je constate juste qu’elle n’a pas daigné connaître le projet que j’avais à lui exposer…
De retour à ma guesthouse, je rêvasse sur la véranda tout en soupant. Je décide que je n’écrirai rien sur cette journée dans mon journal. Il faut que je réfléchisse comme rédiger ces deux journées. Ce que je vais dire ou ne pas dire … Alors que je suis perdue dans mes pensées un couple d’allemand, de Berlin, Philice et Oliver s’installent à ma table. On a fait connaissance la veille. Il me demande de raconter, mais là comme ça je n’ai pas très envie et à vrai dire je ne sais quoi penser ! Alors je parle du sort de tous les enfants du Cambodge en leur expliquant ce que je sais, ce que j’ai vu, constaté. Ils n’ont pas l’air de croire que les jeunes khmers vivent toutes ces choses.
A cause du trafic nous quittons Phnom Penh à 0830 pour Kompong Cham. Dès que je me retrouve en dehors des grands axes, je me sens bien. Le paysage est tellement beau. Pour seulement 60 km nous allons mettre environ 3 heures à cause de l’état de la route, du sentier devrais-je dire ! Du reste, il a fallu regonfler les pneus avant de s’engager sur la piste défoncée.
Kompong Cham fut en son temps la troisième ville importante du Cambodge mais aujourd’hui, ça n’est plus le cas avec les villes touristiques comme Siem Reap et Sianoukville. Kompong Cham reste un paisible chef-lieu de province baigné par le Mékong. Elle reste la province la plus peuplée du Cambodge et a fourni au pays un bon nombre de ses dirigeants politiques actuels. Dont le premier ministre Hun Sen et le président du Sénat, Chea Sim. Ce qui n’empêche pas la population à mener une vie paisible, vivant de la terre et de la pêche dans les eaux du Mékong.
Cette province produit une soie d’une excellente qualité, la plupart des Krama que l’on achète dans le pays viennent d’ici. A l’est se trouve de grandes plantations d’hévéas qui avant la guerre alimentaient l’industrie florissante du caoutchouc.
A 0930, le 4x4 s’arrête dans un petit village, devant un petit restaurant où les tables sont déjà prises d’assaut. Les mouches, elles aussi investissent le lieu. Mon guide de la journée, me demande ce que je veux manger et comme je ne suis pas une spécialiste des repas Khmer à cette heure-ci de la journée ! Je lui dis que je prendrai la même chose que lui afin de découvrir. Déjà qu’en Suisse je ne déjeune jamais ou que très rarement !
Au Cambodge les gens mangent plusieurs fois par jour mais de petites quantités. Comme ils ne rentrent pas chez eux pour manger, certains habitants installent des tables et des chaises devant chez eux et font une cuisine délicieuse avec peu de choses et très rapidement. Il y a également les marchants ambulants.
On m’apporte une petite portion de riz, j’adore le riz du Cambodge, les grains sont plus petits et quand il le grille un peu c’est excellent ! Vient ensuite avec le riz, des morceaux de porc grillé avec deux-trois petits légumes et des petites suces épicées. Je ne suis pas fan du porc, loin de là, mais préparé de cette manière c’était très bon. On m’a amené un verre d’eau avec des glaçons dedans. Il faut savoir qu’il est préférable de ne pas boire de l’eau qui ne sort pas d’une bouteille d’eau que vous avez achetée et qui était scellée. Les glaçons sont également déconseillés !
Les glaçons… Se présentent sous forme de gros blocs. Ils en achètent un morceau le jette au fond de leur fourgonnette ou le laisse trainer à même le sol ainsi que la scie rouillée qui s’occupera de couper quelques morceaux qui termineront dans votre verre d’eau. Parfois ils vous mettent sur la table des verres de thé froid fait maison. L’eau a été bouillie en principe mais précisez sans glaçons.
15 minutes plus tard nous étions à nouveau sur la route en direction du centre.
Les 5 plus petits (4-7 ans) dorment dans ce pavillon. Tous les autres enfants dorment dans cette pièce.
A notre arrivée, tous les enfants présents au centre, arrivaient en courant le sourire aux lèvres. La responsable du centre nous accueil et me fait visiter le centre qui se compose de trois bungalows. Je trouve le cadre agréable et beau. Ils ont fait, du côté de la cuisine et salle à manger, un jardin de fleur et au fond de celui-ci des arbres fruitiers. Manguier-Bananier-Jaquier-Durian . Au bout des plantations un étang et ses magnifiques fleurs de lotus.
Le long de l’étang un champ pour apprendre l’agriculture. Dans la maison principale, se trouve au rez-de chaussée, la salle à manger, avec tables et chaises, le coin couture avec ses machines à coudre, le coin tissage avec plusieurs grandes machines à tisser. Les filles y font entre autre des krama. A l’étage, la pièce, qui fait environ 30m2 et où les 42 filles dorment à même le sol. Chacune a un casier avec un petit cadenas.
Un petit pavillon qui fait office de cuisine. Les enfants attendent leur tour pour être servi par la dame qui cuisine. Toujours avec beaucoup de respect. Les enfants baissent la tête en signe de respect et de remerciement. Une fois le repas terminé, chacun débarrasse son assiette, ainsi que les services qui vont avec et se dirigent vers la citerne afin de laver leur vaisselle. Tous ensembles ils rangent les tables, les chaises.
Le matin ils ont l'école et l'après-midi, ils suivent une formation de couture, de tissage, d'agriculture ou des cours parascolaires. Dans le troisième pavillon se trouve, une petite pièce où sont entassés quelques jouets pour les plus petits et un ordinateur qui fait office de bureau pour la responsable du centre. La pièce qui se trouve à côté, fait office de chambre pour les petits, qui dorment à même le carrelage. Dans la dernière pièce du pavillon se trouve la pièce de l'école de tissage. La dame qui s'occupe de former les filles était, lors de ma visite, en train de confectionner un magnifique couvre lit de plusieurs couleurs et avec quelques motifs.
Sous le pavillon j’entends des petits cris et je découvre deux singes enchaînés au pilier du pilotis.
La responsable appel tous les enfants dans le bâtiment principal afin que je leur distribue le matériel que je leur ai amené.
Ils s’alignent tous devant moi et attendent la distribution d’un cahier et un stylo pour chacun. Les petits recevront, le paquet de 100 ballons, les trois boîtes de crayons de couleur, les tailles crayons et les gommes. A chaque fois, l’enfant qui recevait quelque chose, joignait les mains et s’inclinait devant moi. Ça me gênait, mais ici c’est comme ça ! Une fois la distribution terminée, les enfants sont partis faire leurs activités de l’après-midi. En observant toutes ces jeunes filles, je ne pouvais m’empêcher de penser qu’elles étaient bien mieux là qu’à la capitale. J’avais l’impression qu’il y avait moins de risque qu’elles finissent dans des bordels…
Pendant l’heure qui suivit, j’ai filmé et regardé les filles tisser ainsi que coudre. Avant de partir, je suis allée dire au revoir aux tous petits qui tentaient une sieste sur le carrelage de leur chambre. Ils étaient là, tous sur un rang, allongés avec une petite couverture et un oreiller. Certains avaient même un « Teddy ». J’ai fait quelques photos que l’ont a regardé ensemble et puis un bisou à chacun, bonne nuit les petits loups !
L'heure de la sieste pour les plus petits
Sur le chemin du retour, j’étais encore une fois très silencieuse, mon esprit était en train de revivre ces deux dernières journées …
La responsable du centre nous accompagnait, ainsi qu’une des filles du centre. Cette dernière va rendre visite à sa famille qui vit à Battambang. Je sors de mes songes lorsque le 4x4 freine subitement et que l’on m’annonce que l’on va manger. Encore !
Il pleut, un vrai déluge, Phnom Penh semble sinistre à côté de Kompong Cham et quel bruit !
Le temps de dire au revoir à Monsieur Uong, au centre AFESIP et mon chauffeur du jour me ramène à ma guesthouse. En chemin je lui demande de me laisser au marché et je rentrerai à pied.
Les collaborateurs de Somaly sont vraiment très gentils.
Mercredi 9 mai 2007 à 0745 :
Départ de mon bus pour Siem Reap, pour environ 377 km en 6-7 heures. Retour à la case départ !
Le paysage est magnifique, j’aime la campagne cambodgienne. Phnom Penh est très bruyante et polluée. Je comprends les gens qui roulent avec des masques et vous pouvez vous changer tous les jours, il y a une telle poussière.
Pendant le trajet, à maintes reprises j’avais envie de faire stopper le bus pour prendre 2-3 clichés supplémentaires afin de faire exploser ma carte de 2 GB. Huit jours que je suis là et déjà plus de 700 photos. Beaucoup d’enfants et de paysages. J’ai découvert quelque chose, alors que je me morfondais derrière la fenêtre de mon bus climatisé. En mettant mon appareil en mode sport et en cliquant au hasard dans le paysage par la fenêtre ouverte du bus et ce malgré que le bus saute dans tous les sens, j’ai fait de belles photos. Les loupées je les supprimais de suite, l’avantage du reflex-numérique ! J’avais tellement peur de déranger les adeptes de la clim que j’avais ouvert la fenêtre de 10-15 cm, juste assez de place pour passer l’appareil au dehors mais pas assez pour regarder dans l’objectif. Au début j’avais les cimes des palmiers, puis la route et enfin j’avais la position adéquate, quand il n’y avait pas de bosses…
Même si la route et en meilleur état que celle entre Poipet-Siem Reap, après 6-7 heures on est cassé ! On aspire qu’à une chose, se faire masser, chez les aveugles par exemple. Ils vous soignent de vos maux avec leurs doigts experts et en plus vous contribuez à les aider en allant chez eux.
J’avais prévu de retourner à la guesthouse « Cocunut Lodge » mais finalement j’ai décidé d’aller dans celle de la sœur du propriétaire de « Narin » guesthouse à Phnom Penh, la « Smiley » guesthouse. Très bon choix !
L’après-midi, j’ai flâné dans les rues pour repérer mon quartier. Sur le chemin du retour, un taxi tuk tuk me demande si je veux aller le lendemain visiter la cité d’Angkor. 10 dollars la journée. Dans ces cas là, il vaut mieux être plusieurs car le prix est le même pour 1 ou 4 personnes.
Philice et Oliver, le couple d’allemand de Phnom Penh, pensant que je ne prenais pas le même bus qu’eux, m’interpellent et me donnent discrètement des billets de dollars enroulés. En me les donnant, Oliver me dit que touchés par ce que je leur ai conté la veille au soir, sur les enfants du Cambodge, les bordels, ils voulaient contribuer à leur manière, sachant que j’allais à nouveau acheter des cahiers, des stylos, des ciseaux, des règles pour d’autres enfants. A ce jour je peux vous dire, que j’ai donné une partie de leur argent aux masseurs aveugles, acheté 40 cahiers, 50 stylos, 2 grandes règles, 2 grands ciseaux et 10 gommes, pour les filles du centre de Somaly Mam à Siem Reap.
Même si la route et en meilleur état que celle entre Poipet-Siem Reap, après 6-7 heures on est cassé ! On aspire qu’à une chose, se faire masser, chez les aveugles par exemple. Ils vous soignent de vos maux avec leurs doigts experts et en plus vous contribuez à les aider en allant chez eux.
J’ai retrouvé mon couple d’allemand dans la même guesthouse que moi et j’en ai profité pour leur dire ce que j’avais fait de leur argent. Ils étaient satisfaits.
Le lendemain ils partaient visiter la cité d’Angkor avec un passe de 3 jours. Ils m’ont proposé de les accompagner mais comme je ne savais encore combien de jour j’allais visiter la cité, étant donné que la dernière fois, il y a cinq ans, j’avais pris un passe de 3 jours. J’ai donc décliné leur offre et j’ai finalement opté pour une journée dans la cité d’Angkok à 20 dollars et 10 dollars pour la journée de la moto taxi. A Siem Reap, malheureusement on ne peut pas louer une moto, contrairement à Phnom Penh, mais il y a les vélos.
Comme je décide de prendre un passe d’un jour seulement, j’accepte la proposition du motodup, il viendra me prendre à 0430 afin que je voie le levé du soleil sur Angkor Vat.
Jeudi 10 mai 2007 à 0400
Mon réveil sonne à 0400, j’ai de la peine à décoller mes paupières. Elles semblent scellées à tout jamais. Me voilà à moitié vautrée au fond dumoto dup, la tête encore dans le cirage. Pas de touristes à l’horizon, seuls quelques Cambodgiens qui partent au travail où qui vont chercher quelques touristes farfelus comme moi qui ne pensent qu’à une chose, voir le levé du soleil sur Angkor Vat. Il y a quatre ans je n’avais pas eu le courage de me lever aussi tôt et n’avais de ce fait que pu admirer le coucher du soleil depuis le Phnom Bakheng. La fraîcheur du matin me réveille avec douceur. En chemin je réfléchi toujours si je veux prendre une carte de plusieurs jours. La moto s’arrête aux portes de la frontière de la cité d’Angkor. Une journée me suffira, c’est décidé.
Je vais donc visiter :
Angkor Vat (le plus grand, le plus visité, à l'entrée de la cité et toujours entier)
Ta Prohm (la végétation reprend son droit, images de Tom Raider)
Le Bayon (le génie créatif de l’égo de Jayavarman VII, 216 visages au sourire énigmatique)
Bakheng (magnifique vue, au couché du soleil, sur Angkor Vat et le Tonlé Sap. On peut y accéder à dos d'éléphants si trop fatigué ! )
Les temples d’Angkor :
Angkor, veut dire en sanskrit nagara, « ville royale » ou « capitale ».
La cité d’Angkor la 7ème merveille du monde !
Celle que l’on appelle la cité d’Angkor, était il y a très longtemps (802 à 1432) la capitale de l’ancien Empire Khmer. Elle représentait parfaitement la fusion de l’ambition créatrice et de la dévotion spirituelle des dieux-rois de jadis. Chacun voulant surpasser son prédécesseur par l’édification de sanctuaires de taille, d’envergure et de symétries inégales, tel Angkor Vat, le plus grand édifice religieux de la planète et le Bayon, l’un des plus mystérieux. Les centaines de temples qui subsistent ne constituent que la partie sacrée de l’immense centre politique, social et religieux d’un royaume qui s’étendait de la Birmanie au Vietnam. A son apogée, Angkor abritait 1 million d’habitants, alors que Londres n’en comptait que 50'000. Les demeures, les édifices publics et les palais, construits en bois, ont disparu depuis longtemps ; la brique et la pierre étaient réservées aux divinités.
Angkor Vat :
0500, la cité se réveille doucement, on peut encore entendre, les bruits naturels des lieux. Dans une demi-heure le charme va être rompu par l’arrivée des cars de touristes… Je profite un maximum de cette sérénité qui plane car dans quelques minutes, une foule de gens va fouler les pavés d’Angkor Vat en se précipitant, en vous bousculant pour effectuer en premier, le cliché ! De quoi vous rendre agressif et de quoi vous faire fuir les lieux…
Angkor Vat est le plus grand, le beau, le plus fou et celui qui est encore debout. Il est le plus faste édifice religieux du monde. Il fut probablement construit comme temple funéraire de Suryavarman II (1112-1152) en l’honneur de Vishnou, divinité hindoue à laquelle le souverain s’identifiait.
Il est orienté vers l’ouest, ce qui est tout à fait exceptionnel. L’ouest symbolisant la mort, de nombreux spécialistes en ont conclu que le temple devait-être, à l’origine, un tombeau. Cette idée se trouvait étayée par les splendides bas-reliefs élaborés dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, une pratique utilisée dans les anciens rites funéraires hindous. Vishnou étant également souvent associé à l’ouest, il semble désormais qu’Angkor Vat servit à la fois de temple et de mausolée de Suryavarman II.
Par contre tout à fait entre nous, Angkor Vat est impressionnant, imposant mais n’est pas mon préféré. Je préfère Angkor Thom, le Bayon, le Ta Prohm où la nature démontre sa force, sa puissance. Pour les amoureux de « Tom Raider » c’est dans ces ruines que le film fut tourné ! Et le Banteay Srei, un petit joyau de l’art angkorien, un temple hindou dédié à Shiva, taillé dans une pierre rosée, possède des sculptures d’une finesse exceptionnelle. Des sculptures en trois dimensions encore intact. Banteay Srei signifie « citadelle des femmes » et l’on affirme que les sculptures si raffinées ne peuvent être l’œuvre d’un homme.
Il a fallu que je joue du coude à coude afin de parvenir dans le parc d’Angkor Vat, qui se trouve à l’intérieur de celui-ci. Le soleil sortait timidement mais des nuages décidaient de le protéger, une protection très rapprochée qui dura jusqu’aux alentours des 8 heures. Joli pied de nez à cette horde de touriste qui s’entassait sur les marches, les murs, les ruines, les pavés du temple. Aucun respect, seul préoccupation générale, le cliché type, le levé du soleil sur Angkor Vat.
Comprenant que le soleil ne serait à son apogée et que la foule serait inévitablement sur chaque cliché, le charme était définitivement rompu pour moi. Je me suis donc éloignée de cette foule en délire et j’ai traversé cet immense parc pour rejoindre l’antre d’Angkor Vat. Dans un coin du parc, non loin des habitations des moines avec qui j’avais conversé il y a cinq ans déjà, je me sentais bien et enfin sereine, le calme était revenu au fond de moi. Je n’entendais que les bruits de la nature qui se réveille, les moines psalmodier, de temps en temps le gong de leur timbale retentit comme du fond de la jungle ou de la terre. Malheureusement le bruit des moustiques dans mes oreilles et la douleur de leurs piqures sur ma peau me sort brusquement de ma méditation. Vraiment pas synchro ces moustiques en plus le bruit aigu que font leurs ailes énerve avant même la douleur infligée par leurs multiples piqûres…
Les moustiques, une plaie pour les gens comme moi qui les attirent. J’ai oublié ma citronnelle seul produit qui fait de l’effet, me concernant. Je m’asperge d’anti-moustique pour touriste mais rien ni fait, il se défoule sur les parties de mon corps qui ne sont pas protégées par un vêtement. Certains ont même le culot de remontés par le bas de mon long bermuda et se trouvant bloqués à la hauteur des cuisses ils piquent jusqu’à ce que mort s’en suive ! Décédés en se retrouvant écrasé contre une cuisse par un objet non identifié, qui est en faite ma main.
Ils ont l’art de vous saboter une visite. Les piqûres apparaissent sous forme de plaques, grandes comme des pièces de 5 francs et la démangeaison est insupportable à cause de la quantité de piqûres. J’essaie de l’ignorer mais c’est impossible et me voilà toute énervée ! Ma visite va donc se terminer au pas de course. Une fois à l’extérieur du temple d’Angkor, une horde de cambodgiens vient à me rencontre, soit pour me vendre une babiole, à manger où me proposer de m’emmener en un autre lieu. Je repousse toutes propositions d’un non merci en Khmer, avec le sourire et rejoins mon chauffeur attitré pour la journée.
A ma demande il m’emmène à Ta Prohm, l’endroit est envahit par la nature. Un de mes préférés. Je me repose un peu pendant le trajet en moto dup car mes genoux me font un peu souffrir et il n’est que 10 heures, la journée va être longue, surtout ce genre de journée. Les journées à visiter la cité d’Angkor sont réputées pour être ardues. Un massage s’impose une fois la ou les visites terminées.
Bienvenue en un lieu mythique où d’étranges dinosaures se sont transformés en arbre et où l’esprit de Lara Croft flotte tout autour de vous….
Je redécouvre cet endroit magique. Pendant un instant, assise sur une racine d’arbre, mon esprit vagabonde. J’essaie d’imaginer les habitants d’alors qui vivaient dans cet endroit digne d’un conte de fée. Mon regard s’arrête sur une liane et je vois Angelina Jolie fendre l’air et sauter avec grâce, comme un félin, sur les ruines du temple. D’accord, pure spéculation mais pas complètement puisque c’est ici que Tom Raider a été tourné…
Je sors vite de mes songes, les ennemis attaquent avec rage. Ils sifflent déjà dans mes oreilles et leurs piqûres me semblent insoutenables. C’est tellement désagréable que je visite cette vieille cité à grands pas, pratiquement en courant. Des japonais déboulent, ils se croient seuls et posent devant toutes les ruines et arbres, pendant que j’attends gentiment qu’ils aient fini afin de continuer ma séance photos qu’ils ont interrompue brusquement. Je profite de cet immense silence, le chant des oiseaux, des bruits propres à la nature, tout en découvrant les restes d’un temple.
Dans ce dernier je découvre un enfant d’à peine 6 ans. Près des offrandes et de l’encens pour Bouddha. Ses habits sont décharnés. Je m’arrête vers lui, me présente en khmer, un magnifique sourire illumine son visage noirci par un manque d’hygiène certain. Il se présente à son tour et je lui donne quelques ballons gonflables. Tout heureux, il s’enfuit un peu plus loin, là où se trouve sa mère et ses trois petites sœurs. Il brandit fièrement, ses ballons devant ses sœurs et sa mère. L’une d’elle se met à pleurer. La mère essaie de la consoler et me regarde sans oser demander. Rapidement, je sors de mon sac les plus belles couleurs de ballons pour sécher les larmes de cette petite fille. A la vue du ballon rose, elle bondit dans ma direction mais au dernier moment elle s’arrête, regarde le sol, ses pieds ou la vie fascinante des fourmis qui semble plus importante que mes ballons colorés… Elle lève la tête tout doucement et plante son petit regard d’enfant timide dans le mien. Ce regard, aux yeux en forme d’amande, avec des cils de girafes, si long et fin qui battent l’air avec douceur et ce regard si pénétrant, sombre et si clair à la fois, qui vous aspire ! Ce regard qui pétille de joie et de tristesse en même temps. Le temps c’est soudain arrêté… Je vous ai dit que l’endroit était magique !
Alors je m’accroupis afin de plonger mon regard dans le sien tout en lui tendant un ballon rose. On dit que les yeux sont les fenêtres de l’âme et cette âme là est encore pure, puisse-t-elle lire dans la mienne…
En le prenant, elle joint les mains et s’incline tout en me disant merci en khmer, comme sa maman lui souffle dans son dos car elle est encore petite. Au Cambodge, il n’y a pas besoin d’un parent ou d’un adulte pour souffler à un jeune de dire merci tout en saluant les mains jointes. Tout ça est naturel. C’est une question de respect. Après avoir fait quelques photos de cette famille j’ai repris ma visite impatiente de terminer ne supportant plus les moustiques. Je suis à la limite d’être en furie.
Je me positionne dans un coin des ruines du temple pour prendre mon dernier cliché, celui de cet arbre qui avale le temple de ses racines. Il faut un grand angle tellement que c’est gigantesque. On dirait que tout ça est vivant, un peu comme dans le seigneur des anneaux, quand les arbres de la forêt se rebellent ! Ah ! Non, voilà les japonais ! Ils sont sur mes clichés, je dois les effacer. Ils s’affolent comme des enfants et escaladent les ruines pour prendre des clichés exceptionnels sans respecter le cite. Des panneaux demandent aux visiteurs de ne pas grimper sur les ruines et tout une partie du temple est fermé car dangereux pour cause d’éboulement ! Les fans de la photo enjambent la corde qui protège le mur se trouvant sous « l’arbre avaleur de pierre ». Je vais regarder si celui-ci va les avaler… Rien ne se produit, les rires et cris du groupe de japonais m’extirpe de mes rêveries. Je prends deux clichés et décide de quitter définitivement les lieux. En chemin un couple se prend en photo, je me propose de les prendre tout les deux. En échange le mari me prend à mon tour dans cette majestueuse végétation, je vais avoir une photo de moi au Cambodge comme ça !
Sur le chemin qui me ramène vers mon moto dup, je croise une mère et ses quatre filles. Vous avez deviné, je n’ai pas résisté à prendre quelques clichés et distribuer des ballons. En prenant une des petites en photo je découvre qu’elle a une grosseur au dessus de l’œil droit. Elle essaie de la dissimuler avec ses cheveux. On dirait une infection et non une inflammation suite à un coup. Encore une famille qui n’a pas les moyens ou la possibilité d’amener leurs enfants à l’hôpital…
Toutes les quatre elles marchent côte à côte. Soudain, la plus petite, environ 3 ans, s’arrête net et crie. C’était comme si devant ses pieds il y avait un obstacle qu’elle ne pouvait franchir seule. En faite elle appelait ses sœurs au secours. Vous n’imaginerez jamais quel était l’obstacle ?! Sa grande sœur est venue à regardé dans la direction que lui indiquait le petit index de sa sœur. Elle montrait le sol. Je me suis alors approchée et j’ai découvert une colonne de grosse fourmi, qui traversait le sentier. Celles qui finissent dans la fameuse soupe cambodgienne. La grande sœur a donc soulevé sa sœur afin de l’aider à enjamber la colonie de fourmis. Une fois de l’autre côté, la petite a regardé la ligne rouge déambuler sur le sentier avec un sourire sur les lèvres. La petite histoire ? Dans le bouddhisme toute forme de vie doit être respectée, protégée même celle qui peut vous sembler insignifiante, car tout à sa place sur terre, à son utilité.
Le motodup me ramène vers le Bayon où se trouvent tous les petits stands pour manger ou acheter des souvenirs. Je décide de faire une alt pour manger, boire et surtout me reposer.
C’est agréable, plus un touriste à l’horizon. Les cars les ont tous ramenés à l’hôtel, afin qu’ils puissent se reposer un peu dans des pièces climatisées et manger à leur goût et leur faim.
Une fois repue, je demande au Moto dup de m’amener au Phnom Bakheng. Un petit site dans les hauteurs, non loin du Bayon. La plupart des gens, visitent se site au couché du soleil, car il y a une magnifique vue sur la cité d’Angkor. On peut même apercevoir Angkor Vat.
Il y a 4 ans, je suis venue ici pour le coucher du soleil mais je peux vous dire que je ne réitérerais pas cette visite. Je n’ai jamais vu autant de monde sur un site aussi petit. Les gens se bousculaient pour prendre le plus beau cliché du Dieu Râ qui faisait sa révérence avec grande grâce. La cité s’illuminait de mille feux et les pierres des temples tiraient sur le rouge. Malheureusement, vous ne pouvez vous imprégner pleinement de cet instant magique car le brouhaha des gens autour de vous, qui courent dans tous les sens pour prendre des clichés, le crépitement des flashes et les commentaires de tous, dans toutes les langues gâchent un peu le spectacle.
C’est pourquoi cette année, je m’y suis rendue à 1300. En bas de la petite bute, des éléphants vous attendent pour 15 US dollars. Chacun son sentier. Les éléphants gravissent sur le chemin se trouvant à gauche de la colline et les marcheurs sur le chemin de droite. L’escalade centrale n’est plus autorisée! Pour des raisons de sécurité. C’était plus court mais très escarpé. A vous de choisir votre moyen de déplacement. J’ai bien entendu opté pour le chemin de droite. Dans une moiteur pesante, je m’engage donc sur le chemin de droite, seule et la végétation m’avale en un rien de temps. Ayant toujours un krama avec moi (foulard à carreau typiquement khmer) je m’emballe toute la tête dedans afin de n’avoir aucune surprise venant des arbres.
Arrivée au sommet, les mêmes pierres que jadis sont là, rien n’a bougé. C’est le premier des temples –montagnes (889-910). Je croise un jeune couple cambodgien prenant leur pause à l’abri du soleil sous les branches d’un arbre. Une petite brise s’est levée et balaye les cheveux de la jeune fille qui viennent se déposer sur son visage et le lui dissimuler. Son regard traverse timidement ces quelques mèches. Ces deux là sont amoureux, ils ne se quittent pas des yeux mais on sent une immense timidité dans leur regard et leurs gestes. Ils sont seuls au monde. On dirait presque deux statues, les seules restées intactes au milieu de ses ruines.
J’escalade les marches abruptes du temple, qui comporte cinq étages, soit sept niveaux et je contemple dans un immense silence, le spectacle qui s’offre à moi. Pendant un moment j’essaie d’imaginer quelle fut la vie en cet endroit sous le règne de l’ancien Empire Khmer, celui des dieux-rois de jadis, l’âme du royaume cambodgien (802-1432). Les oiseaux amènent la petite musique de méditation.
Les sept niveaux représentent les sept paradis hindous ; le nombre total des tours, 108 sans compter le sanctuaire central, est un chiffre porte-bonheur, en corrélation avec le calendrier lunaire.
Une fois redescendue sur terre, dans les deux sens du terme, je me suis promenée autour des ruines. J’ai relâché un peu ma vigilance afin de mieux profiter de ce qui m’entourait. Une trentaine de mètres plus loin, il y avait un cambodgien, en short et à pieds-nu en train de tirer sur les branches d’un arbre pour y récolter de petits fruits noirs. Quelques mètres plus loin il y avait sa maison. Mon attention était portée sur lui et je ne regardais plus où je mettais les pieds. Soudain, un bruit bien précis me fit arrêter net. Mon oreille droite venait d’entendre un certain « ssssssssssssss » ….
Mon cœur s’emballait, car mon cerveau avait déjà envoyé une info : - Est-ce un serpent ? Tout en pensant ça, ma tête s’est tournée tout doucement en direction du bruit. Un serpent noir, tout fin, dressé sur sa queue, à un mètre de moi, sur ma droite. Une seule chose me vain à l’esprit, ne pas bouger. Il fait environ 120cm, il est noir et tout fin, il me semble qu’il a deux petites lignes jaunes de chaque côté de la tête. – « Eh, oh, vous qui me lisez, vous ne pourriez pas me prêter une flûte afin que je lui joue une petite sérénade ?! » Ouf, il est parti aussi vite qu’il était apparu. Tellement rapidement que je n’ai pas réussi à voir où il s’en est allé mais ce face à face m’a semblé une éternité.
Après ces émotions, j’ai rejoins le cambodgien qui cueillait les petits fruits dans l’arbre, des « Pring ». Alors que je le regardais faire, une jeune fille est sortie des ruines d’une maison en courant dans ma direction. Comme si nous nous étions perdues de vue depuis plusieurs années. En faite elle était heureuse d’avoir de la visite près de chez elle. Elle m’a donc fait goûter ses petits fruits noir, ressemblant à des cerises, en plus petit.
Je les ai immédiatement reconnu, souvenez-vous, dans cette famille de Siem Reap, avec la grand-mère, elle m’avait fait goûter ses petits fruits en les roulants dans du sel, mélangé à du piment. J’ai constaté que les cambodgiens en sont très friands, surtout lors de long trajet en bus !
Nous avons communiqué pendant un laps de temps, par gestes, quelques mots d’anglais et de khmer, malheureusement les barrières de la langue abrège parfois une chaleureuse rencontre. Au moins on ne risque pas de trop parler ! Le silence, les sourires et les regards ont parfois un charme bien plus puissant que les mots.
Une fois mon motodup retrouvé à l’ombre de la végétation en train de piquer un petit somme, je lui ai expliqué mon aventure du serpent. Il m’a dit qu’il y avait effectivement beaucoup de serpents dans les ruines (comme les vipères chez nous). Qu’il existait le serpent des rizières, des arbres qui n’était pas très dangereux. Par contre quand je lui ai dit qu’il était noir, il m’a répondu ; - Very dangerous !
J’ai quand même fait une petite recherche sur internet et le serpent qui ressemblait le plus au mien, serait un serpent volant ! Il vit dans les arbres, les rizières, il est long, fin et très rapide. On dira que c’était celui-ci histoire de ne pas paniquer vu qu’il n’est pas mortel.
Direction le Bayon, ma dernière visite, ça tombe bien car j’en peu plus, je suis sur les patellas !
Avant ça, je lui demande de me déposer à la porte nord d’Angkor Thom. Il existe cinq portes monumentales qui percent les remparts, une au Nord, une à l’Ouest, une au Sud et deux à l’Est. Hautes de 20m, elles sont décorées de trompes d’éléphant en pierre et surmontées de quatre gigantesques visages du bodhisattva Avalokiteshvara, tournés chacun vers un point cardinal. Devant chaque portes se tiennent les statues énormes de 54 dieux (à gauche de la chaussée) et 54 démons (à droite), un thème provenant de la légende du barattage de la mer de lait, illustrée dur le célèbre bas-relief d’Angkor Vat. La porte Est a servi de cadre pour une scène du film « Tom Raider ».
Alors que je prenais des photos de cette porte, j’entends derrière moi un bruit qui se rapproche de plus en plus vite et la terre sous mes pieds tremble… Tout en me concentrant pour ne pas bouger, sinon la photo va être trouble, je me dis : - C’est quand même pas un camion qui arrive ! Je me pousse vite fait sur le côté et un immense éléphant, ouais je sais ils ont jamais été petit, galope en direction de la porte avec un petit mec sur le dos, un minish cap, qui lui tape le flanc avec une branchouille. Il veut aller plus vite, pourtant il va bien assez vite ! Il avait besoin de se dégourdir les pattes ?! Peut-être un besoin pressant ?!
Le Bayon est pour moi, unique. Entre le génie créatif et l’égo de Jayavarman VII, roi légendaire du Cambodge. On y découvre 54 tours gothiques, ornées de 216 visages monumentaux de Lokesvara (autre nom du bodhisattva Avalokiteshvara) au sourire énigmatique. La ressemblance du bodhisattva avec le grand souverain est évidente. Ces multiples visages, à la fois sévères et compatissants, veillent depuis tous les angles de l’édifice ; ils symbolisent la puissance, l’autorité et la bienveillance, qualités indispensables pour gouverner une population disparate et dispersée dans un vaste empire.
Où que l’on soit dans le temple, on est environné de visages, de face, de profil, à la hauteur d’homme ou en surplomb. C’est comme si tous ces visages étaient les gardes de la cité. Placé exactement au centre de la cité d’Angkor Thom. Ils veillaient sur les sujets jusqu’aux plus lointaines provinces. A son apogée, la région aurait compté 1million d’habitants.
Etant donné que le Bayon est vers l’est, les visiteurs viennent très tôt le matin afin d’admirer les rayons du soleil levant caresser tous ces visages les uns après l’autre. Au crépuscule, le charme agit également, lorsque la lumière quitte progressivement les visages pour les plonger dans une obscurité totale.
Vous découvrirez sur 1,2 km de mur, plus de 11'000 personnages qui représentent l’histoire de la cité d’Angkor. Angkor et ses batailles. Des soldats khmers qui partent au combat, les éléphants et les chars à bœufs, les mêmes que ceux utilisés aujourd’hui dans le pays. La fuite des Cham, le culte du Linga, la bataille navale, la défaite des Cham, le défilé militaire, la guerre civile, omniprésence du roi, défilé de la victoire, arrivée du cirque en ville, terre prospère, retraite des Cham, pillage d’Angkor par le Cham et nouvel affrontement (1181).
Au détour d’un mur, je découvre deux jeunes dessinateurs. Ils sont tous deux concentrés sur un des 216 visages et le reproduise sur une grande feuille de papier, au fusain. Silencieusement je les épie et les prends en photo. Un peu plus loin, il y a de l’agitation, des voix étonnement fortes pour un lieu comme celui-ci, certaines des touristes qui ne peuvent s’exprimer sans crier. Un groupe de touriste s’exclame avec exubérance devant un groupe de 4 jeunes khmers habillés dans des costumes traditionnels de l’époque d’Angkor, représentant des dieux et des rois. Ils veulent tous et chacun leur tour faire une photo avec le groupe mais sans vouloir forcément laisser une petite pièce….
Je quitte le Bayon pour marcher tout autour de ce dernier afin de le contempler de plus loin. Tous ces visages, où que vous soyez ils vous suivent du regard avec ce sourire si doux, si chaleureux. Pendant un instant, je m’abrite sous un arbre à côté d’une pagode. L’odeur de l’encens me dit que des gens prient, font des offrandes. En effet, de jeunes moines sont en train de psalmodier des prières pour un jeune couple cambodgien. Il règne un silence indescriptible, seuls bruits, le murmure des moines et les différents sons de la forêt. Ils forment une mélodie apaisante. Il est l’heure de rentrer, je suis épuisée.
Vendredi 11 mai 2007
Fut une journée d’achats et de visites.
J’ai commencé ma journée par une petite balade dans les rues de Siem Reap afin d’éviter les grandes chaleurs.
Aux alentours de 0900, je me suis rendue chez les masseurs aveugles. Se sont pour la plupart de jeunes aveugles qui ont suivi une formation de masseur et qui ne peuvent subvenir à leur besoin que par le biais des massages. La vie est déjà très difficile pour les bien portants alors imaginez qu’elle peut-être la vie de gens handicapés, livrés à eux-mêmes et sans soutiens.
Pour une heure de massage chez Seeing Hands Massage, vous payerez 4 US dollars. Après une route infernale entre Poipet et Siem Reap ou après une longue visite dans les temples de la cité d’Angkor vous n’aurez qu’une envie vous faire masser. J’étais allée pour une petite heure et du coup j’ai fait 2 heures, ce qui vous fait tout le corps, recto-verso, pour 8 US dollars. Franchement c’était très agréable et en vous faisant du bien vous contribuez à aider de jeunes aveugles qui essaient de gagner leur vie.
Les hommes sont pris en charge par les hommes et les femmes par les femmes. Vous constaterez rapidement qu’ils n’ont pas de grands moyens, en découvrant la grande pièce où tous les lits de massage sont alignés. Les câbles pour relier les ventilateurs pendent un peu partout. Ils vous donneront un pyjama à mettre, beaucoup plus confortable que vos habits. La seule chose qui peut repousser certaines personnes, sensibles aux odeurs, est l’odeur du linge où vous allez devoir poser votre visage. Il sent le moisit, chose qui arrive fréquemment dans des pays très humides. Prenez donc votre propre linge si vous avez les narines sensibles, vous verrez, rapidement vous ne sentirez plus rien, seulement des doigts qui vous pressent les endroits tendus avec une extrême précision et douceur.
Bien sûre vous pouvez vous rendre dans les centres de remise en forme ou de massages, des grands hôtels luxueux de Siem Reap mais je ne vous en parlerais pas étant donné que je soutiens les petites gens, petites ONG, les handicapés, les nobles causes, tout ce qui ne nuit pas au peuple khmer qui essaient de s’en sortir… Les grands n’ont pas besoin de soutien, ni même de publicité.
J’ai quitté le centre en payant un peu plus pour mon massage et en versant une partie de l’argent de Philice et Oliver, le couple d’allemand. La fille qui m’avait massée a dit à ses amis que j’étais Suissesse et ils ont dit que les Suisses étaient bons. Pour les cambodgiens, en tout cas à Siem Reap, les Suisses sont bien vu, grâce au magnifique travaille que fait Dr.Beat Richner, Botchello, l’homme au violoncelle. Vous pouvez le découvrir dans l’onglet, des gens admirables ou sur son site.
Beaucoup de cambodgiens se promènent avec un t-shirt où est inscrit, dons du sang à l’hôpital de Beat. Un autre moyen, lors de votre séjour d’aider le peuple khmer. Donner votre sang chez Beat, c’est un grand don pour un pays qui a un taux de sida très élevé et tant d’autres maladies. Le sang sain se fait rare mais la demande et de plus en plus importante. Vous ne risquez rien, tout est minutieusement contrôler, comme si vous étiez chez vous.
Après se massage j’étais en forme pour aller faire quelques achats pour les jeunes filles du centre de AFESIP. J’ai donc acheté un peu plus de 50 cahiers, 50 stylos, 2 grands ciseaux pour couper le tissu (pour les filles qui apprennent la couture), 2 grandes règles métalliques et ensuite j’ai appelé Mr.Monirath, le responsable du centre que j’avais rencontré en urgence à mon arrivée au Cambodge.
Nous avons convenu qu’il passerait me prendre à ma guesthouse vers les 1200. Sur le trajet, je me suis arrêtée chez Handicap International. J’aurais aimé, si cela était possible lors de ce voyage, visiter un centre d’orthopédie et pouvoir donner un coup de main (je suis orthopédiste de formation). Une fois arrivée devant l’entrée principale je découvre un petit panneau qui m’annonce des heures d’ouvertures, fermé entre 1100-1400. Je me dis que j’essayerai de passer l’après-midi. Je traîne donc mes tongs et courbe l’échine, sous le poids de mes achats, comme certaines vieilles femmes cambodgiennes qui n’ont plus de dents, tout au long de la route sablée qui me mène à ma guesthouse.
En zigzaguant entre les motos, qui klaxonnent et pétarades je me pose une question. Comment font les cambodgiens sans lunettes à soleil ! Toute cette poussière ! Mère nature les a dotés de yeux légèrement bridés, peut-être qu’ils sont plus protégés que nous autres ? Je ne sais pas, même les jeunes fougueux à moto n’ont pas spécialement de lunettes ! La chaleur et la moiteur me sortent de mes interrogations.
Ma visite au centre fut très courte vu que j’étais déjà venue. Mr.Monirath était content de voir tout ce matériel destiné à son centre, car cette fois-ci, je lui ai dit que c’était pour les filles d’ici. Cette fois il n’aurait pas à transmettre le tout à Somaly Mam, qui effectue la distribution dans les centres, car quand j’étais à Phnom Penh, j’ai également acheté du matériel scolaire et la distribution a déjà eut lieu, notamment à Kompong Cham, dans le centre des petits. J’ai essayé de lui raconté ma rencontre avec Somaly Mam et mes visites dans les différents centres. J’ai pris quelques clichés du centre et j’ai confié à Monirath que les filles étaient bien mieux à Siem Reap ou à Kompong Cham pour les petits. Elles ont plus de place, elles ne sont pas entassées comme du bétail. Avant de nous quitter il m’a demandé si je pouvais prendre une photo de lui avec le matériel scolaire, que j’avais apporté, ainsi que son collègue. J’ai promis qu’ils recevront les photos par e-mail, merci au numérique.
Une grande partie de mon après-midi je l’ai passée à mon bureau, c'est-à-dire internet café. Chaque fois que la patronne me voyait passer, elle s’empressait de me préparer ma place, avec des cacahuètes à la noix de coco et un thé froid citron. En règle générale je passais au minimum 3-4 heures au sein de ses murs.
Les moustiques, eux aussi sont tout contents quand ils me voient arriver, car ils savent qu’ils vont pouvoir se défouler plusieurs heures. Parfois je pars à cause d’eux car je n’en peux plus. Un jour, j’ai passé 5 heures dans ces locaux. Promis, je ne me plaindrais plus de la lenteur de connexion chez nous ! Ici, il m’est arrivé d’attendre 20minutes pour ouvrir une page. J’ai vite laissé mon site en suspend et je vous explique même pas quand j’essayais de mettre quelques photos sur mon site, l’enfer. Certes internet n’est pas cher, mais bon…
Pratiquement tous les jours je venais, quelques heures, dans l’après-midi, pendant qu’une partie du règne humain faisait la sieste. Je remplissais des pages Word afin d’immortaliser mes aventures. La patronne a hélé un marchand ambulant qui passait dans la rue afin de lui acheter un petit quelque chose à grignoter. Elle cédait souvent aux caprices de son jeune fils de 4 ans.
Chaque fois qu’il voyait un marchand ambulant passer, il criait et fonçait dans la rue pour rejoindre le marchand. Quand maman ne cédait pas, il nous faisait partager son grand désespoir en criant et pleurant de toutes les larmes de son corps tout en courant après le marchand. La première fois, que j’ai assisté à tout ça, j’ai fais un saut sur ma chaise et me suis précipitée dehors en croyant qu’il lui était arrivé quelque chose de grave. Il avait même réussit à interpeler les dieux, qui contemplaient la scène du haut des nuages, tout en souriant avec béatitude. L’un d’eux en lâchât sa feuille de lotus qui atterrit directement dans la main du petit garçon. Ce dernier vint en courant dans ma direction et me fit goûter les graines de la fleur de lotus.
C’est vraiment très bon et visiblement les cambodgiens en sont très friands. Il y a un petit goût de noisette, je parle des noisettes crues bien entendu ! Si vous désirez en goûter vous croiserez souvent des cambodgiens, des enfants, en vendre le long de la route. Il faudra décortiquer l’écorce se trouvant autour des graines, qui est très souple car encore un peu humide, puis celle autour des graines.
Les patrons de cet internet café, m’ont également fait découvrir les chips sucrées à la banane séchée. Très bon, du reste j’en ai acheté un paquet pour mon trajet en bus, jusqu’à Battambang. Quand je ne savais plus quoi écrire ou que mes doigts fatiguaient, j’observais la vie cambodgienne. Le klaxon incessant des motodups, les vendeurs mobiles qui crient afin d’appâter un éventuel client, un enfant. C’est un vrai spectacle. Une moto passe avec un gros cochon allongé à la place du passager. Une autre avec une pyramide de sac de riz et ce char rempli de pots en terre cuite, tiré par deux vaches. Un gros camion, surchargé d’êtres humains déclenche une mini tornade de poussière. Les jeunes se trouvant sur le toit du camion manquent de se prendre la tête dans les câbles à haute tension, qui pendent en travers de la route. Il y a l'équipe des chirurgiens, docteurs qui déambulent dans la rue, à pied ou à moto. On les reconnait, car ils portent tous des masques, en tissus, de couleurs différentes, qui recouvrent leur nez et leur bouche. Ils ont bien raison, car au Cambodge, il y a beaucoup de poussière. D'autres préfères la mode des gants qui remontent jusqu'aux coudes. Pratiquement dans toute l'Asie, hommes et femmes pensent que les peaux claires sont un signe de beauté et de richesse. Les gens à la peau foncée sont des hommes et des femmes de la campagne, qui travaillent non-stop sous le soleil, donc à petit revenu. Observez les filles, la plupart se mettent de la crème blanchissante. Chez les prostituées c'est encore plus flagrant. Le paradoxe est que chez nous, hommes et femmes vont au solarium pour brunir leur peau...
J’ai passé d’agréables moments auprès de cette famille. Du reste j’ai immortalisé ces moments privilégiés et j’ai pu les leurs copier sur l’ordinateur en un clic, merci une fois encore au numérique !
En règle générale, je soupais au Central Market vers les 1730 mais aujourd’hui, j’avais perdu un peu de temps dans ma dissertation et je voulais passer chez Handicap International avant de souper. Une fois encore je me suis trouvée devant porte close, la fermeture étant à 1700 et nous étions vendredi. Dimanche je vais quitter Siem Reap pour Battambang, c’est donc à nouveau un coup d’épée dans l’eau. Décidemment, je n’étais pas destinée à les rencontrer !
Après avoir lambiné à tous les stands du « Central Market », mes pieds ont suivit les ordres de mon cerveau, qui lui, par le biais de mes narines avait détecté comme un parfum de curry, noix de coco. Mes petons, fatigués de la journée, ont donc réussi à transporter mon corps jusqu’à une table se trouvant au milieu du marché. Plusieurs tables y étaient disposées afin de s’y rassasier. Je me dirigeais toujours au même emplacement pour de nombreuses raisons. Le responsable, le fils de la patronne était très charmant, dans tous les sens du terme, la patronne était une gentille femme, parlant couramment le français et la cuisine était délicieuse et vraiment pas cher.
Ce soir là, sur le chemin du retour, je me suis arrêtée à l’Internet Café pour essayer MSN Messenger avec le système webcam, avec la Suisse. C’est quand même chouette et moins cher que le téléphone. Petit aparté, si vous prenez votre natel par sécurité, éteignez-le ou ne répondez pas si vous recevez un appel du pays. Eh, oui, je le savais, mais j’ai quand même répondu, impatiente de pouvoir donner des nouvelles et le résultat fut très salé ! 128 frs pour 15-20 minutes de communication…
Avant de rejoindre ma chambre, je me suis arrêtée à la réception de ma guesthouse afin de louer un vélo pour la journée de demain, ma dernière journée à Siem Reap. Le vélo m’est revenu à 2 Euro la journée. J’avais envie de visiter les alentours de Siem Reap mais pas à moto. Il y a des endroits où j’aspire au silence et je dois dire que ces pétrolettes sont très pratiques mais parfois trop bruyantes, surtout si votre chauffeur est un adepte du klaxon.